Rêver d'un hôpital sans ordinateurs grâce à l'IA

Le secteur hospitalier belge se trouve actuellement dans une situation délicate : il doit lutter pour équilibrer ses budgets tout en étant contraint de réaliser des investissements ambitieux dans l'innovation. Le processus d'innovation est toutefois beaucoup plus structuré et mené à plus grande échelle qu'auparavant. L'intelligence artificielle joue un rôle majeur à cet égard, notamment pour libérer le personnel des tâches administratives.

Lors du débat organisé jeudi dernier par hospitals.be lors de Health On Stage, les directeurs d'hôpitaux des trois régions se sont penchés sur la manière dont les hôpitaux doivent gérer la transformation technologique. Ce débat a été organisé en collaboration avec Le Spécialiste, qui a consacré un dossier à ce sujet dans ses deux numéros de décembre 2025.

Pour la Flandre, c'est le directeur général de l'UZ Gent, le Pr Frank Vermassen, qui a pris la parole. Alors qu'auparavant l'innovation était souvent « opportuniste », les hôpitaux travaillent désormais avec des comités structurés pour la transformation numérique, a-t-il expliqué en décrivant le contexte actuel. « Les initiatives doivent pouvoir émerger de la base (le terrain), mais elles doivent être coordonnées par un groupe de pilotage IA et un coordinateur IA. Les projets sont sélectionnés en fonction des besoins de la base (départements médicaux), de leur faisabilité, de leur impact sur les ressources humaines et des coûts. »

Philippe El Haddad, directeur médical général du Chirec, a souligné que l'IA est déjà utilisée efficacement en radiologie, par exemple pour accélérer les diagnostics en cas d'AVC ou de mammographies, ainsi que dans des tâches administratives telles que le codage des dossiers des patients.

La directrice générale du CHU UCL Namur, Sandra Giunta, a toutefois souligné que l'innovation est actuellement très concentrée dans des domaines spécifiques tels que la radiologie et la cardiologie, tandis que d'autres domaines, comme la gériatrie, sont à la traîne. Elle a plaidé en faveur d'une plus grande homogénéité dans le secteur afin que le soutien technologique soit accessible à toutes les spécialités et professions hospitalières.

Une mise en œuvre humaine

L'une des grandes ambitions est de réduire la charge administrative des infirmières en enregistrant automatiquement et en intégrant de manière structurée des données telles que les entretiens avec les patients. « Cela pourrait libérer jusqu'à 30 % du temps du personnel pour les soins aux patients », estime Frank Vermassen. Il s'agit donc d'une manière humaine et favorable aux soins de mettre en œuvre l'IA. « Il y a vingt ans, nous avons commencé à passer à un hôpital sans papier. Aujourd'hui, je rêve d'un hôpital sans ordinateur afin que chacun puisse se concentrer à nouveau sur ses tâches principales. »

D'autre part, l'IA peut également être utilisée uniquement pour « optimiser » le financement des hôpitaux, par exemple en augmentant le nombre de jours d'hospitalisation justifiés. Le Pr Vermassen s'est montré critique à ce sujet.

L'opinion publique et l'auditoire présent ont manifesté une certaine résistance à la mise en œuvre de l'IA dans la santé : un sondage réalisé auprès de 2 609 Belges par hospitals.be a révélé qu'aujourd'hui encore, environ 30 % des personnes interrogées ne sont pas totalement convaincues par l'intégration de l'IA dans les soins de santé. À l'inverse, 68 % des personnes interrogées ont une opinion positive de l'IA dans les soins de santé. Par ailleurs, 56 % se disent prêtes à communiquer avec un chatbot pour des tâches simples telles que la prise de rendez-vous. Cinquante-cinq pour cent accepteraient que leur médecin utilise l'IA pour résumer leur dossier médical ou rédiger des lettres. En outre, 47 % seraient prêts à être « écoutés » par l'IA afin que leur dossier soit rempli automatiquement, ce qui permettrait au médecin de gagner du temps. Il n'existe pas de grandes différences entre les groupes d'âge, mais les néerlandophones semblent plus ouverts aux nouvelles technologies que les Bruxellois ou les Wallons. (1)

Pas un substitut au personnel

Les deux gestionnaires francophones ont notamment souligné que « l'IA n'a pas pour but de remplacer les humains, mais de prendre en charge des tâches à faible valeur ajoutée, ce qui est essentiel compte tenu des pénuries de personnel actuelles ». Il faut d'abord surmonter une phase évidente de peur et de deuil lors du passage à une nouvelle technologie qui, certes, reprend une partie des compétences du personnel, mais ouvre davantage de possibilités. La formation et l'accompagnement sont ici essentiels.

Dans le même temps, les intervenants ont également mis en garde contre l'équilibre délicat dans lequel se trouvent de nombreux hôpitaux : il est urgent d'investir dans l'innovation pour rester efficaces à long terme, mais de nombreux établissements sont confrontés à des déficits structurels et doivent se battre pour obtenir des financements auprès des banques.

Philippe El Haddad a fait remarquer que les hôpitaux doivent souvent se transformer en « champions des business plans » pour convaincre les banques de leurs projets d'investissement. « Il faut parfois jusqu'à dix à quinze rendez-vous pour obtenir un financement pour l'innovation. »

Il existe un consensus croissant sur la nécessité d'une collaboration entre les hôpitaux afin d'exploiter pleinement la puissance des données. Il y a quelques semaines, huit hôpitaux situés de part et d'autre de la frontière linguistique, dont l'UZ Gent, ont décidé de collaborer étroitement dans ce domaine. Le RGPD représente un défi à cet égard, mais pas un obstacle insurmontable, estime le Pr Vermassen. Il considère que l'évaluation et la mise en œuvre des solutions d'IA développées par des entreprises externes constituent une mission spécifique des hôpitaux universitaires. Bien que les hôpitaux dépendent de partenaires externes, l'évaluation scientifique reste essentielle.

Quoi qu'il en soit, beaucoup reste à faire sur le plan législatif pour donner un coup de pouce à l'évolution de l'IA : « Le cadre réglementaire actuel en Belgique est encore trop restrictif. Il doit évoluer afin de soutenir de manière optimale l'intégration des nouvelles technologies dans les soins aux patients, par exemple dans le cas des accidents vasculaires cérébraux ou en pédiatrie. »

« La concentration des soins conduit à de meilleurs résultats »

Dans son discours d'introduction au débat sur l'IA dans le secteur hospitalier, l'administrateur général de l'Inami, Pedro Facon, a souligné les grandes différences qui existent dans le secteur, tant en matière d'organisation et de pratiques de soins que de résultats financiers. Pour les patients et les établissements de soins, les résultats et la santé financière des hôpitaux sont étroitement liés à la qualité de la gestion et à la collaboration entre les médecins, les infirmiers et la direction. D'où les réformes qui doivent être poursuivies au cours de cette législature.

Pedro Facon estime que la concentration des soins complexes, comme dans le cas du cancer du pancréas ou du sein, est cruciale. « Il est prouvé que cette concentration conduit à de meilleurs résultats, ce qui est essentiel tant pour la qualité que pour l'efficacité du système », a-t-il souligné. « Le secteur se trouve à un moment critique, même s'il n'y a pas de catastrophe imminente. Nous devons maintenant prendre des décisions concernant le financement de l'innovation, l'intégration de solutions numériques telles que l'intelligence artificielle et la protection contre les cyberincidents. »

Il considère lui-même l'innovation comme un levier permettant d'améliorer la santé budgétaire des hôpitaux.

(1) L'enquête de Dedicated a été menée entre le 15 novembre et le 10 décembre 2025 auprès de 2 609 Belges âgés de 18 ans et plus via Internet. Il s'agit d'un échantillon pondéré : 49 % de femmes et 51 % d'hommes, 39 % de néerlandophones, 23 % de Bruxellois et 38 % de Wallons. La marge d'erreur est de 1,61 %.

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