Groupement hospitalier bruxellois : le dilemme des Brugmanniens

En janvier 2027, le CHU Saint-Pierre et les Hôpitaux Iris Sud vont rejoindre l’Hôpital Universitaire de Bruxelles au sein d’un nouveau groupement hospitalier. Le CHU Brugmann va-t-il suivre le même mouvement en 2030 ? Peut-il, vu sa situation financière, grevée par la lourde charge des pensions des statutaires, ne pas le faire ? Réunis en assemblée générale à l’initiative du Pr Jacques Jani, président du Conseil médical, les médecins ont débattu le 10 septembre de l’avenir de l’institution.

À l’horizon 2030, les autorités politiques bruxelloises veulent réunir dans un nouveau groupement hospitalier le pôle hospitalier académique (HUB) – constitué de l’Hôpital Erasme, de l’Institut Bordet et de l’Huderf – et le pôle des hôpitaux de la Ville de Bruxelles regroupant les Hôpitaux Iris-Sud (HIS), le CHU Saint-Pierre (CHUSP) et le CHU Brugmann. En avril 2026, une étape importante a déjà été franchie par les Conseils médicaux du CHUSP, de HIS et du HUB, qui ont donné un avis favorable à la constitution de ce grand groupement hospitalier bruxellois, baptisé Newco.

Dans cette stratégie de regroupement, le CHU Brugmann est vivement invité par les autorités politiques à suivre le mouvement, à l’instar du CHUSP et de HIS, qui ont déjà décidé de lier leur destin avec le HUB au 1er janvier 2027. L’objectif affiché est de centraliser les services de support, de réaliser des économies d’échelle et d’intégrer de façon progressive les politiques médicales des différentes institutions.

Jacques Jani, président du Conseil médical du CHU Brugmann, a rassemblé le 10 septembre une bonne centaine de Brugmanniens pour leur permettre de comprendre les enjeux de ces grandes manœuvres stratégiques et de prendre position. Le CHU Brugmann doit-il suivre le mot d’ordre ? Doit-il perdre son indépendance ?

Un redressement financier plombé par les pensions

La situation financière difficile de l’hôpital a été au centre des discussions lors de l’assemblée générale. « En 2023 et 2024, les résultats d’exploitation du CHU Brugmann se sont améliorés, et sont même repassés dans le vert (0,3 M en 2024) grâce à l’effort collectif des médecins et du personnel. Le résultat d’exploitation 2025 est à l’équilibre. Pour rappel, en 2020, il était en déficit de 12,6 millions d’euros », explique le président du CM. « Malheureusement, le résultat de l’exercice pour le CHU Brugmann est mauvais parce qu’il est plombé par le coût des pensions des statutaires. Depuis 2014, l’hôpital a payé 105 millions d’euros, et +/- 16 millions d’euros par an actuellement, pour la responsabilisation des pensions des statutaires. »

Selon Jacques Jani, tant pour l’Hôpital Universitaire de Bruxelles (HUB) que pour le CHUSP, la Ville de Bruxelles a injecté des sommes importantes, ce qui a contribué à améliorer les comptes des institutions, également dans le rouge. Cela n’a pas été fait pour le CHU Brugmann. « Ce déséquilibre nourrit, à raison, un sentiment d’iniquité de traitement entre des institutions placées cependant sous la même tutelle. Pour combler seul la cotisation pour les pensions, le CHU Brugmann devrait dégager un bénéfice net de 6,3 % de son chiffre d’affaires. Ce qui est tout à fait illusoire quand on sait que la marge bénéficiaire moyenne du secteur hospitalier belge est de 0,5 %, selon l’étude Maha », avance le Pr Jani.

Une problématique structurelle

Le président du Conseil médical souligne que la situation de la trésorerie du CHU Brugmann est liée à un problème structurel (absence de capitalisation par la Ville de Bruxelles, pertes non inscrites en créances, réduction importante des lignes de crédit auprès des banques) et pas à une dérive liée à une mauvaise gestion. « Il y a également un manque de liquidité qui impose l’urgence. Les délais de paiement des fournisseurs sont allongés. Le paiement des salaires est régulièrement sécurisé dans l’extrême urgence via des emprunts à très court terme, entre autres, auprès de la Ville de Bruxelles. » Pour le président du Conseil médical, l’intégration du CHU Brugmann dans le Newco n’apportera pas une solution aux problèmes financiers structurels de l’hôpital jettois. « Il n’y aura aucune liquidité immédiate, aucune réponse n’a été apportée pour réduire le déficit bilantaire. Une décision institutionnelle de long terme ne peut être une condition à un soutien financier urgent. »

Proposition alternative

Jacques Jani, Wissam Bou Sleiman, directeur général médical du CHU Brugmann, et Caroline Franckx, directrice générale, ont récemment proposé aux autorités un pacte de collaboration entre le Newco (HUB, HIS, CHUSP) et Brugmann, fondé sur une logique de réciprocité médicale structurée, qui mutualiserait les services supports sur le site HORTA, en regroupant les installations du CTR et de l’Huderf. Cette proposition alternative n’a pas été retenue. « Notre proposition constructive a été balayée d’un revers de main », regrette Jacques Jani.

Lors des échanges qui ont suivi entre les médecins réunis lors de cette assemblée générale, une crainte majeure s’est dégagée : l’absence, à ce jour, d’un projet médical commun clairement défini entre les directions des institutions appelées à former le futur groupement. Les médecins présents ont insisté sur le fait que cette vision médicale partagée doit être construite en priorité, avant toute décision institutionnelle définitive, afin de garantir la cohérence et la qualité de l’offre de soins pour l’ensemble des patients bruxellois. D’autres points d’attention ont également été évoqués, comme l’articulation des activités de pointe avec le pôle académique, l’équilibre des activités entre les institutions du groupement et la nécessité d’obtenir une réponse structurelle aux enjeux de financement historiques du CHU Brugmann.

Le CHU Brugmann dispose déjà d'un plan médical partagé, structuré et pluriannuel, aux résultats concrets et mesurables : soutien aux activités de pointe, attractivité pour les jeunes médecins, efficience et bonne gestion, avec des trajets de soins intégrés adaptés à l'hôpital. Les médecins déplorent le manque de reconnaissance de la Ville et l'absence d'un projet alternatif crédible : réorganiser les services de support en ignorant ce plan risquerait de désorganiser les soins sans régler le financement structurel des pensions statutaires. Sur l’ensemble de ces sujets, les médecins se sont montrés unis autour d’une même exigence : disposer d’une vision claire et concertée pour l’avenir de leur institution, condition d’un projet médical solide et attractif, notamment pour les jeunes médecins appelés à rejoindre le CHU Brugmann dans les années à venir. Sur ce point, les médecins sont unanimes : ils veulent une vision claire et concertée pour l’avenir de leur institution

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