Parmi 345 étudiants en médecine, médecins et infirmiers interrogés dans le cadre d’une étude belge, 98,3 % n’avaient jamais suivi de formation sur la conduite à tenir en cas d’attentat dans un hôpital. Une seconde étude relève une faible connaissance déclarée des mesures à prendre en situation de guerre chez des étudiants infirmiers belges.
La première étude a été présentée à Paris lors du congrès 2026 de l’European Society for Emergency Medicine (EUSEM), la société européenne de médecine d’urgence. Menée par des chercheurs affiliés notamment à l’Université d’Anvers, au ZAS Cadix, à l’UCLouvain et à l’AZ Dimpna de Geel, elle a réuni des étudiants en master de médecine ainsi que des médecins et des infirmiers en activité. Parmi ces derniers, environ un tiers étaient médecins et deux tiers infirmiers.
Des plans hospitaliers mal connus
Au total, 91 % des participants ne connaissent pas les mesures de sécurité prévues en cas d’attentat. Parmi les étudiants en médecine, 91,3 % ignorent où trouver le plan d’urgence, contre 55,7 % des soignants en activité. Les issues de secours sont connues de 52,2 % des étudiants et de 88,1 % des médecins et infirmiers en activité.
Dans l’ensemble, 98,3 % des participants déclarent n’avoir jamais suivi de formation sur la conduite à tenir en cas d’attentat dans un hôpital. Les membres du personnel des urgences n’obtiennent pas de résultats significativement meilleurs que leurs collègues des autres services.
Début 2025, la Défense et le SPF Santé publique avaient interrogé les hôpitaux belges sur leur préparation à une situation de guerre. L’enquête portait notamment sur la formation à la médecine de guerre, le triage en présence d’un grand nombre de victimes et les incidents CBRNe, impliquant des agents chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires, ou des explosifs.
En février 2026, le député Stéphane Lasseaux (Les Engagés) a interrogé le ministre Vandenbroucke sur les résultats de cette enquête, à laquelle avaient participé 99 sites hospitaliers généraux. Jugés « sensibles mais non classifiés », les résultats n’ont pas été publiés afin de ne pas révéler les vulnérabilités des hôpitaux.
Une faible préparation déclarée à la guerre
La seconde étude est un mémoire de master en sciences infirmières réalisé à l’Université d’Anvers. Elle compare les réponses de 121 étudiants belges et de 575 étudiants de Gaza en dernière année de formation infirmière. Les étudiants belges obtiennent des résultats significativement inférieurs concernant leur préparation à la guerre.
Seuls 10,7 % des étudiants belges déclarent connaître les principes CBRNe. La proportion est de 6,6 % pour les mesures de protection contre les attaques de drones, contre 80,5 % parmi les étudiants de Gaza. Concernant la décontamination face à une menace CBRNe, elle est de 8,4 % contre 55,7 %.
Les écarts sont faibles ou non significatifs pour les compétences infirmières classiques. Les différences relevées concernent surtout les compétences liées à la guerre et aux violences de grande ampleur.
Geert Berden, infirmier en chef des urgences à l’AZ Trudo, estime que les deux études vont dans le même sens. « La formation et la pratique des soins en Belgique n’accordent actuellement pas une place structurelle suffisante aux connaissances, aux compétences et à l’entraînement relatifs aux violences de grande ampleur, qu’il s’agisse de guerre ou de terrorisme », dit-il.
Il plaide pour une formation ciblée et obligatoire des étudiants et des soignants en exercice, notamment en matière de triage, de risques CBRNe, d’évacuation, de résilience mentale et de prise de décision éthique. Il souhaite également que de futures recherches mesurent objectivement les compétences des soignants, plutôt que de se fonder uniquement sur leurs déclarations.
La formation évolue dans les universités
La formation à la « pathologie de crise » doit devenir obligatoire dans le cursus de médecine, selon une mise à jour de la note de politique générale du ministre de la Défense Theo Francken, publiée en février. La mesure a été annoncée après concertation avec le SPF Santé publique.
Du côté francophone, l’ULB et l’ULiège proposent, pour cette année académique, un module de deux heures sur la médecine de guerre, proposé par la Défense. En Flandre, l’UGent et la KU Leuven ont mis en place des cours à option.
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