Le Centre hospitalier de Wallonie picarde (CHwapi) restera le CHwapi. Au terme d'une consultation interne, 66 % des votants se sont prononcés pour le maintien du nom de l'institution, contre son remplacement par « Gabrielle Petit », résistante tournaisienne fusillée en 1916. La participation a été massive : 1 908 personnes – médecins, soignants et personnel paramédical – ont pris part au scrutin anonyme.
Officiellement, la direction et le conseil d'administration saluent « une forte mobilisation » et « l'attachement des équipes à un projet hospitalier commun ». Le communiqué rend par ailleurs hommage à Gabrielle Petit, dont « le courage et le dévouement » resteront, dit-il, une source d'inspiration.
Derrière cette formule consensuelle, le vote ressemble pourtant à un recadrage. Le projet de rebaptiser l'hôpital avait été lancé fin 2022, à la demande de membres du conseil d'administration, puis confié à un groupe de travail restreint d'administrateurs, en lien avec le service communication. Une démarche volontairement tenue confidentielle, n'associant qu'un cercle limité de collaborateurs, avant une validation par le conseil d'administration en septembre 2025. C'est cette absence de consultation large des équipes qui a nourri la contestation. Écarté début février 2026 – un départ présenté officiellement comme une décision « prise d'un commun accord pour des raisons privées », mais que plusieurs médias ont relié à des tensions avec le conseil d'administration et le corps médical –, l'ancien directeur général Didier Delval a laissé la place à un manager de transition. C'est ce changement de gouvernance qui a ramené la question du nom dans le circuit institutionnel classique et permis aux médecins comme aux équipes de se faire entendre. Le résultat ne laisse guère de place au doute.
Le point de vue de Didier Delval
Contacté, l'ancien directeur général indique que le changement de nom est né d'une demande d'administrateurs en décembre 2022, qu'un groupe de travail réunissant quatre administrateurs a été constitué début 2023, qu'un groupe restreint de collaborateurs – comprenant médecins et personnel infirmier – a été sollicité début 2025, et que le nom a été validé par le conseil d'administration en septembre 2025. « Je n'ai jamais fait que l'intermédiaire entre la communication, le conseil d'administration et le groupe de collaborateurs », souligne-t-il. Le caractère restreint et confidentiel de la démarche relevait, selon lui, d'un choix assumé visant à préserver « l'effet de surprise ».
Le revirement n'est toutefois pas sans coût. Des achats de matériel arborant déjà le nouveau nom avaient été engagés, du petit consommable – stylos et fournitures – jusqu'aux blouses du personnel. L'ardoise exacte reste impossible à chiffrer. Une partie des blouses pourrait, indique-t-on, être réutilisée. C'est toujours autant d'économisé.
Au-delà de l'anecdote, l'épisode illustre une règle que beaucoup d'institutions (re)découvrent à leurs dépens : engager une décision identitaire sans consultation large des équipes expose à un désaveu. Un nom porte une histoire, mais la réputation d'un hôpital se construit d'abord, comme le rappelle d'ailleurs le communiqué, sur la qualité des soins et l'expertise des équipes.
Reste, pour le CHwapi, une consultation qui aura eu le mérite de la clarté. Et une direction qui peut désormais avancer avec, à défaut d'un nouveau nom, un mandat collectif retrouvé.







