Plan de construction hospitalier wallon : le financement bancaire va recaler des projets

La rumeur enfle. Dans les couloirs des directions hospitalières, dans les couloirs de certaines banques… et inévitablement au cabinet du ministre wallon de la Santé, les mines sont graves. Le silence est de mise à tous les étages et pourtant… la réalité est bien là. Il n’y aura pas assez d’argent pour tous les projets d’agrandissement ou de construction d’hôpitaux en Wallonie. Le secteur bancaire a sifflé la fin de la récréation. Certains projets ne verront pas le jour.

Pour rappel, la Région wallonne dispose de deux plans de construction hospitaliers : le plan 2019-2023 et le plan 2023-2028. Du côté du ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, on ne souhaite pas commenter les rumeurs et on se concentre sur le travail rigoureux de ce dossier complexe et très local. Un aspect de proximité qui n’est vraiment pas à négliger, vu les tensions politiques qu’un arrêt de projet pourrait avoir sur des élus locaux, régionaux… voire surtout sur l’emploi et l’attractivité des structures.

Tenir compte des choix du fédéral

Pourtant, au Parlement wallon, le ministre n’a jamais caché que le dossier serait complexe au cours de ces derniers mois. Notamment depuis la rentrée de septembre, il a répondu ceci : « Le ministre Vandenbroucke envisage sa réforme de l’ensemble de l’écosystème hospitalier de la Belgique et donc de la Région wallonne, sur lequel aussi nous aurons des contraintes particulières qui modifieront malheureusement encore notre plan de construction. »

Si vous savez lire entre les lignes, vous comprenez déjà certains éléments.

Revoir la répartition sur le territoire

Le ministre, début janvier, a commenté cette réalité lors d’une question écrite au Parlement : « Il ne fait nul doute que des décisions devront être prises, qui impacteront la planification territoriale de l’offre de soins. À cet égard, il faudra veiller à ce que les hôpitaux disposent d’un calendrier réaliste leur permettant de se conformer à cette nouvelle planification territoriale, mais également d’un soutien financier au changement, qui devra principalement venir du fédéral. La Région wallonne compte également apporter son soutien aux hôpitaux dans le cadre de cette réforme, d’une part en donnant la possibilité aux hôpitaux de modifier les projets de leur plan de construction afin de se conformer au nouveau paysage, et d’autre part en améliorant progressivement la planification de l’offre sur le territoire de la Wallonie. Mon objectif est de viser une répartition des activités hospitalières sur le territoire au moyen d’une sous-programmation régionale, tant en ce qui concerne l’accès aux soins d’urgence que les activités « standards » programmables et les fonctions de référence (soins hyperspécialisés). Cette forme de sous-programmation régionale devrait permettre de s’assurer d’une bonne répartition de l’offre sur le territoire, en lien avec l’organisation de la première ligne de soins, en lien également avec les dispositifs de l’amont et de l’aval des hospitalisations. »

Éviter les surexploitations

Concernant l’avenir des futures constructions, l’élément le plus important de sa réponse est le suivant : « Cela permettra également de s’assurer que les demandes des hôpitaux dans le cadre des plans de construction ne mènent pas à des offres de soins concentrées de façon excessive dans certaines zones, voire au développement d’activités qui mènent à une surexploitation. Il importe, à terme, de disposer d’un maillage complet du territoire wallon, visant à développer une capacité d’accueil en hospitalisation de jour et des soins standardisés dans chaque zone de soins, et à permettre l’accès à un hôpital général (lits complets) disposant d’une fonction SUS et de soins intensifs. »

Il ne cache pas non plus dans sa réponse qu’« il conviendra, dans ce cadre, de trouver un équilibre entre l’efficience, notamment les économies d’échelle, et la résilience ; il faut pouvoir diminuer la redondance tout en offrant une certaine souplesse aux hôpitaux afin de leur permettre de répondre aux pics de demande, qui sont amenés à se produire de plus en plus régulièrement dans un paysage de plus en plus incertain. »

La question de l’équilibre financier et des hôpitaux universitaires

Et il ajoute qu’il faudra « être attentif à l’équité d’accès des Wallons aux soins hospitaliers : il faut donc tenir compte de la capacité des hôpitaux à atteindre l’équilibre financier, y compris dans les endroits plus isolés ».

Enfin, une nuance de poids dans sa réponse concerne le lien avec les hôpitaux universitaires : « Pour mener à bien ces politiques, il sera nécessaire de veiller à une articulation correcte et de tenir compte, en outre, de la présence sur le territoire régional wallon des deux hôpitaux universitaires relevant de la Communauté française de Belgique. »

Lire aussi: Nouveau paysage hospitalier: ce que le rapport ne dit pas (S. Rillaerts)

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