Réforme hospitalière : Bonhomme (CHR Verviers) appelle à « aller au bout »

À l’approche d’une nouvelle conférence interministérielle Santé, Jérôme Bonhomme, directeur général du CHR Verviers, met en garde contre les assouplissements envisagés à la réforme du paysage hospitalier. Dans un entretien au Soir , il appelle les responsables politiques à « aller au bout » d’une réforme qui doit, selon lui, concilier proximité, qualité des soins et soutenabilité financière.

Le groupe d’experts mandaté par les huit ministres de la Santé a proposé de réorganiser progressivement le paysage hospitalier autour de quatre types d’établissements : les hôpitaux généraux régionaux (HGR), les centres hospitaliers universitaires (CHU), les centres médicaux locaux (CML) et les hôpitaux de soins intermédiaires (HSI).

Selon Le Soir, des discussions entre cabinets ministériels portent actuellement sur plusieurs adaptations du projet initial. Parmi celles-ci figureraient un abaissement de 600 à 400 accouchements annuels du seuil permettant le maintien d’une maternité et la possibilité de conserver un hôpital aigu lorsqu’il se trouve à plus de 25 ou 35 kilomètres d’un autre établissement. Les experts avaient notamment retenu un critère de temps de trajet maximal de 30 minutes pour l’accès aux urgences.

Une nouvelle conférence interministérielle Santé est prévue à la mi-septembre afin de trancher ces éventuels ajustements.

Pour Jérôme Bonhomme, les contraintes budgétaires et les pénuries de personnel plaident pour que la réforme ne soit pas affaiblie. Dans son entretien au Soir, il rappelle que la part du PIB consacrée aux soins de santé tourne autour de 10,8 % et affirme que, selon les experts, le système dépasserait ce niveau en l’absence de réforme. À cette contrainte financière s’ajoutent des pénuries structurelles de personnel infirmier et dans certaines spécialités médicales.

« Disperser nos ressources humaines, médicales et financières sur trop de sites fait courir un risque à la qualité des soins », estime-t-il. Il qualifie la réforme proposée par les experts de « courageuse et cohérente » et souligne que le monde hospitalier appelait depuis longtemps à une restructuration.

Maternités et proximité

Jérôme Bonhomme s’inquiète particulièrement d’un assouplissement du seuil de 600 accouchements annuels pour les maternités. Il affirme que les études du KCE montrent que ce seuil constitue la norme la plus efficiente en matière de prise en charge, mais aussi de ressources humaines et financières.

Il critique également les éventuelles dérogations accordées au nom de la proximité géographique. « On raisonne en kilomètres alors que la littérature et la réglementation des urgences parlent de temps de trajet, essentiel pour l’accès aux soins », relève-t-il. Selon lui, déroger aux normes minimales pourrait conduire à « créer deux niveaux de qualité et de sécurité de soins ».

Dans un message publié sur LinkedIn, le directeur général résume l’enjeu autour de trois exigences que la proposition des experts permettait, selon lui, de concilier : « proximité, qualité des soins identique pour tous, et soutenabilité financière ». « Peut-on vraiment assouplir l’un de ces piliers sans fragiliser les deux autres ? », interroge-t-il.

« Qui paiera ? »

La question du financement constitue une autre préoccupation. Des « exceptions géographiques » existent déjà et sont financées par le fédéral. Jérôme Bonhomme cite notamment le cas de petites maternités réalisant peu d’accouchements mais bénéficiant d’un financement plein de leurs lits afin de garantir une offre de proximité.

Il estime que ces dérogations pourraient ne plus être financées par le fédéral dans le futur paysage hospitalier et s’interroge dès lors sur celui qui devrait en supporter le coût : les entités fédérées ou les hôpitaux de référence des futurs bassins de soins.

« Je crains qu’on nous demande de financer des activités dont l’efficience n’est pas démontrée, sous couvert de proximité, alors même que nous devons assumer le leadership de l’organisation du bassin. Nous n’en aurons pas forcément les moyens. On n’a pas l’argent pour détricoter cette réforme », affirme-t-il au Soir.

Sur LinkedIn, Jérôme Bonhomme insiste également sur les conséquences d’une absence de décision. « Ne pas trancher a aussi un coût. Un coût pour nos équipes soignantes, déjà sous tension. Un coût, surtout, pour le patient », écrit-il, avant de demander : « Qui portera ce coût, alors que tous les niveaux de pouvoir font déjà face à des déficits et cherchent des moyens ? »

Verviers déjà engagé dans la réorganisation

L’arrondissement de Verviers, Communauté germanophone comprise, compte environ 200.000 habitants et cinq hôpitaux répartis sur six sites. Selon Jérôme Bonhomme, l’application stricte des recommandations des experts conduirait à faire du CHR Verviers le seul HGR du territoire, les autres établissements devant évoluer vers des hôpitaux de jour ou des sites de soins intermédiaires.

Les acteurs locaux avaient commencé à travailler collectivement dans cette perspective : organiser les soins à l’échelle du territoire, sortir d’une logique de concurrence entre sites et construire une complémentarité entre un centre de référence, des sites de proximité de jour et une première ligne forte. Une convergence vers une seule maternité, contre quatre actuellement, était également envisagée.

Les assouplissements annoncés ont toutefois « figé » les positions, constate le directeur général, chaque institution regardant désormais d’abord sa propre situation. La suppression du seuil de 600 accouchements pourrait, selon lui, maintenir le statu quo et continuer à disperser des ressources déjà rares.

Jérôme Bonhomme rappelle enfin que le secteur a été consulté sur le rapport initial, notamment par l’intermédiaire des fédérations et instances, et qu’il était globalement aligné sur ses conclusions. Si la conférence interministérielle Santé décide de s’en écarter, il estime qu’un second tour de concertation devrait être organisé.

« Transformer notre système de soins n’est pas un choix de confort. C’est un choix d’avenir », résume-t-il sur son compte LinkedIn. « Reste à avoir le courage d’aller au bout des décisions qui en découlent. »

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Derniers commentaires

  • Pino CUSUMANO

    07 septembre 2026

    Enfin un gestionnaire qui a compris, mais la politique de compromis nous conduira dans le mur et alors qui paiera la facture?