Ce lundi après-midi, pour la première fois, toutes les directrices et tous les directeurs d’hôpitaux wallons étaient présents au cabinet du ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters. Ce dernier leur a présenté les grandes lignes de la réforme du paysage hospitalier en cours de préparation au niveau fédéral. Cette rencontre inédite a permis d’exposer les enjeux propres à la Wallonie, les garanties que la Région entend défendre, ainsi que les éventuelles exceptions au dispositif général.
« Les directeurs d’hôpitaux ont globalement compris la nécessité de s’inscrire dans cette réforme et son articulation avec celle de la première ligne de soins. Ils reconnaissent également le rôle central que les structures hospitalières seront amenées à jouer dans l’organisation des soins au niveau local et régional », a-t-il pu apprécier après son exposé.
Toutefois, il le reconnaît, les directions sont très inquiètes : « Elles m’ont posé de nombreuses questions. De nombreuses zones d’ombre subsistent selon elles. Les directions réclament davantage de précisions sur la nature exacte des futures structures : que recouvriront concrètement les catégories d’hôpital général de référence (HGR)… ou encore de centre de santé de jour ? Quels services, notamment d’urgence ou de pédiatrie, seront associés à chaque type de structure, et selon quels critères d’accessibilité géographique ? »
Un calendrier serré
Alors que le calendrier fédéral est très serré, les hôpitaux n’ont pas de réponses à leurs questions de la part du ministre fédéral de la Santé. Pour rappel, le processus prévoit une présentation en Comité stratégique interministériel Santé publique wallon fin septembre, avant validation par le gouvernement wallon. Pour les hôpitaux eux-mêmes, l’échéance clé est l’appel à projets attendu d’ici la fin de l’année, censé permettre à chaque structure de se positionner pour 2027. Yves Coppieters est conscient du problème : « À ce stade, les directions devront répondre à cet appel à projets sur la base de critères qu’elles ne connaissent pas encore. Ces derniers doivent être fixés par le cabinet du ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, qui n’a, pour l’instant, pas encore tranché. Les conseils d’administration des hôpitaux estiment ne pas disposer des éléments nécessaires pour faire évoluer leurs structures dans un délai aussi court et demandent que le temps de la transformation soit respecté une fois les règles du jeu connues. »
Peu de dérogations réclamées
Une autre question inquiétait tous les acteurs : les exceptions territoriales, évoquées notamment pour la Communauté germanophone, la province de Luxembourg, la Botte du Hainaut ou l’est francophone du pays. Le ministre wallon a apprécié la qualité du débat à ce stade : « Plutôt que de réclamer d’emblée des dérogations, les acteurs plaident pour qu’elles restent limitées au strict nécessaire. L’objectif affiché est de privilégier la coordination et la complémentarité entre structures à l’échelle des organisations locorégionales de santé, l’exception ne devant intervenir qu’en dernier recours, faute de solution collaborative trouvée dans les prochains mois. »
Financement et fonds de transition en question
En plus de la question de la réforme, les discussions ont également porté sur le financement hospitalier, jugé insuffisant, ainsi que sur la réforme de la nomenclature. « Les directions hospitalières m’ont fait part de leurs vives inquiétudes à propos du fonds de transition censé accompagner la transformation des structures : son existence et ses modalités restent floues à l’approche du conclave budgétaire fédéral. Les hôpitaux craignent en particulier qu’il ne s’agisse, in fine, que d’une redistribution de moyens déjà existants plutôt que d’un financement réellement additionnel. Ils seront très attentifs à cette réalité pour leur propre institution. »
À ce stade donc, alors que le temps presse, la balle est dans le camp du ministre fédéral de la Santé, qui doit rapidement fixer les critères et les conditions de fonctionnement des structures afin d’assurer la cohérence entre les différentes réformes en cours (hospitalière, première ligne, nomenclature…). « Sans cette mise en adéquation, l’ensemble du dispositif risque de ne pas fonctionner », reconnaît le ministre Coppieters, qui a rappelé, pour sa part, que « la réforme n’a pas vocation à remettre en cause les projets de restructuration déjà engagés, comme ceux menés par le groupe Vivalia, dont la continuité serait garantie. »
Lire aussi: Hôpitaux wallons : les étapes clés de la réforme jusqu’en 2037







