Bilan de trois ans de réforme hospitalière : la déception du Dr Philippe Devos

A un an de la fin de la législature et au terme de la dernière réunion du Groupe de concertation concernant la réforme hospitalière, le Dr Philippe Devos, anesthésiste, administrateur de l’ABSyM et membre de ce groupe de concertation, tire un bilan en demi-teinte des réformes hospitalières enclenchées en 2015.

« Il reste à peine un an de législature à Madame De Block entrecoupé d’échéances électorales. Le risque est que ce qui n’a pas encore été déployé ne le soit jamais », lance le Dr Devos. « Dès lors, je regrette qu’un projet de réforme dont la majorité de son sens était lié à son caractère global ne soit pas parvenu à s’imposer auprès de nombreux participants politiques, académiques ou hospitaliers. Aujourd’hui, on a une réforme qui se limite à 4 pages sur les 49 pages du plan de réforme de la ministre rédigé en 2015 ».

Pour ce participant francophone au groupe de concertation – ce qui est plutôt l’exception à la règle -, il n’a jamais été possible de savoir clairement qui bloque les 45 pages restantes et pourquoi : « Est-ce les 8 autres ministres de la santé ? Si oui, alors je rejoins les récentes déclarations de Mme la ministre : avoir 9 ministres pour une population équivalente à la ville de New York n’est peut-être pas la façon la plus efficiente de mettre à jour les soins de santé afin de les rendre cohérents face aux besoins d’aujourd’hui et de demain. »

Et d’enchaîner : « Car l’enjeu est là : adapter les systèmes de soins pour les rendre prêts à affronter les problèmes qui commencent à pointer aujourd’hui. L’envolée de certains coûts de traitement, le burn-out des soignants, l’excès d’administratif, l’adéquation entre demande et offre de soins dans tous les métiers et toutes les spécialités de jour comme de nuit, le vieillissement de la population, … : tout ceci impose d’urgence une réforme globale, de surcroit partiellement disruptive ».

Des avancées très limitées

Après ces trois ans de travail sur cette réforme, Philippe Devos tire un bilan peu satisfaisant : « Ce qu’il faut constater aujourd’hui, c’est que c’est dans les honoraires médicaux que les seules avancées ont été faites. Est-ce parce que nous médecins, au plus proches du terrain, sommes les seuls à percevoir l’urgence de changer ? Dans l’intérêt des patients, j’espère que non ».

Le Dr Devos confie également une autre inquiétude : « Il y avait dans ces 47 pages toute une série de projets politiques qui pouvaient grandement influencer le besoin en main d’œuvre médicale, l’organisation géographique de travail, la garde, la place de la médecine générale, la pratique de certaines spécialisations (obstétrique, urgences, …), l’informatisation du métier, etc …  Aujourd’hui, on nous demande d’avancer dans ces dossiers alors qu’une potentielle application du plan de 2015 pourrait totalement renverser la logique. Nos positions sont dès lors devenues beaucoup plus prudentes dans ce contexte, ce qui ralentit donc aussi les dossiers annexes tels que, par exemple, la planification de l’offre médicale où prendre une position tranchée comme certains peuvent le faire est juste une incompréhension totale des enjeux disruptifs potentiels ».

Et l’anesthésiste de conclure néanmoins avec une touche d’espoir : « J’espère donc que cette dernière année de législature permettra d’avancer et que le gouvernement suivant ne changera pas tout. Je suis résolument idéaliste et encore jeune.  ‘L’avenir ne sera pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire’, disait Henri Bergson ».

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