Cliniques privées : la fédération flamande des hôpitaux redoute une médecine à deux vitesses

Dans une tribune publiée dans le quotidien flamand De Morgen, Margot Cloet, administratrice déléguée de Zorgnet-Icuro, la principale fédération flamande des hôpitaux et institutions de soins, critique l’essor des cliniques privées et des initiatives extrahospitalières. Selon elle, ces structures ne créent pas de capacité supplémentaire mais déplacent médecins et activités hors des hôpitaux, au risque de fragiliser les gardes, la prise en charge des patients complexes et la réforme du paysage hospitalier.

L’essor des cliniques privées est régulièrement présenté comme une réponse aux listes d’attente et comme un moyen d’offrir davantage de flexibilité aux médecins. Dans une carte blanche publiée dans De Morgen, Margot Cloet (photo), administratrice déléguée de Zorgnet-Icuro, remet en question cette vision et invite à examiner les conséquences de ces initiatives sur l’ensemble du système de santé.

Premier argument avancé : les cliniques privées ne créent pas de capacité supplémentaire. Le nombre de médecins exerçant en Belgique étant limité par le contingentement, les praticiens qui travaillent dans ces structures ne sont plus disponibles ailleurs. « Un médecin qui effectue des consultations dans une clinique privée ne peut pas réaliser ces mêmes prestations à l’hôpital », écrit-elle. « Il ne s'agit donc pas d'une capacité supplémentaire, mais d'un déplacement de capacité. »

Selon Margot Cloet, cette évolution risque d’avoir des conséquences directes pour les hôpitaux. Les cliniques privées choisissent généralement les activités qu’elles souhaitent proposer, tandis que les établissements hospitaliers continuent d’assumer les missions les plus lourdes : urgences, gardes, prestations de nuit et de week-end ou encore prise en charge des patients complexes. « Celui qui se présente un soir de jour férié aux urgences avec une grave lésion oculaire s’attend légitimement à ce qu’un ophtalmologue expérimenté soit disponible », rappelle-t-elle.

L’administratrice déléguée de Zorgnet-Icuro estime qu’une poursuite du mouvement vers les structures extrahospitalières pourrait entraîner un cercle vicieux. Les gardes reposeraient sur un nombre plus limité de médecins, tandis que les hôpitaux auraient davantage de difficultés à attirer et retenir certains spécialistes. « Cela menace à terme la continuité des soins pour tous », avertit-elle.

Margot Cloet rejette également une approche purement économique du débat. Elle reconnaît l’importance de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, mais estime que la discussion ne peut être menée uniquement sous l’angle de la liberté entrepreneuriale. « Les soins de santé ne constituent pas un marché classique », écrit-elle.

Elle rappelle que les médecins sont formés grâce à des moyens publics et que leurs prestations sont largement financées par la sécurité sociale. « L’organisation d’une pratique peut être privée, mais son financement reste dans une large mesure collectif. » Dès lors, l’impact des choix organisationnels sur l’ensemble du système doit, selon elle, être pris en considération.

La dirigeante de Zorgnet-Icuro relie cette réflexion à la réforme du paysage hospitalier actuellement en préparation. Celle-ci vise notamment à renforcer la collaboration entre les différents niveaux de soins et à développer des centres médicaux locaux intégrés dans des réseaux plus larges. « Un centre médical local ne peut pas devenir une île isolée », souligne-t-elle.

Selon Margot Cloet, les cliniques privées autonomes s’inscrivent dans une logique différente. Elles développent des structures parallèles au système existant sans l’ancrage organisationnel et médical recherché par la réforme.

Pour étayer son propos, elle renvoie à l’expérience néerlandaise. Aux Pays-Bas, les centres de traitement indépendants ont attiré une partie des soins simples et rentables, tandis que les hôpitaux ont conservé les activités plus complexes, plus coûteuses et moins rémunératrices. Elle qualifie ce phénomène de « drainage des patients ».

Au-delà de la question de l’organisation des soins, Margot Cloet s’inquiète également des conséquences sur l’accessibilité. « De nombreuses voix dans ce dossier confirment qu'un déplacement supplémentaire vers les cliniques privées élargit encore la voie vers une médecine à deux vitesses », écrit-elle. Les patients capables de payer des suppléments pourraient accéder plus rapidement à certaines prestations, tandis que les autres resteraient dépendants d’un système disposant de moins de moyens et de moins de médecins.

Pour la responsable de Zorgnet-Icuro, le débat ne porte pas sur une opposition entre secteur public et secteur privé. Il s’agit plutôt d’un choix entre deux modèles. Le premier repose sur une organisation intégrée dans laquelle l’ensemble des prestataires participe à la prise en charge de tous les patients et aux missions collectives du système de santé. Le second verrait les activités les plus rentables s’éloigner progressivement des hôpitaux, laissant à ces derniers les missions les plus complexes et les moins rémunératrices.

« Le premier renforce notre modèle de soins. Le second le fragilise. Et c’est précisément pour cette raison que nous devons aujourd’hui choisir davantage de cohérence et non davantage de fragmentation », conclut-elle.

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Derniers commentaires

  • Alisson Slimani

    16 juin 2026

    Peut-être serait il intéressant de se poser la question du pourquoi. Pourquoi l'hôpital qui presse son personnel jusqu'à la moelle n'attire plus.. on préfèrera sûrement contraindre qu'essayer d'améliorer la quality of life des soignants.. le bâton plutôt que la carotte ...

  • Philippe DUFRANE

    16 juin 2026

    Je souscris entièrement à l’analyse pertinente du Dr Cusumano.
    Il n’y a rien à ajouter.

  • Pino CUSUMANO

    15 juin 2026

    Madame,
    votre réaction est normale, vous n'acceptez pas de perdre votre domination sur le banc médical.
    Pourtant la Flandre est la région où il y a le plus de clinique privée, existe il une médecine à 2 vitesses?
    Alors c'est votre faute, votre gestion non transparente des flux financiers générer par les médecins (voitures de fonctions des administratifs, pharmacie, marché publics, forfaits, etc.) nous poussent à sortir de ce carcan.
    Vous avez volontairement noyez les réseaux pour éviter la cogérance.
    Je vous invite à contacter la nouvelle équipe qui gère le Karolinska institute, ils vous expliquerons que pour éviter la faillite de l'institution la plus novatrice en médecine, un seul remède: réduire de 75% les administratifs, réalisable grâce à l'informatisation de notre métier.
    Ce sont les institutions hospitalières du Royaume, académiques ou non (comme votre réseau), qui ont creusé les sillons de la médecine à 2 vitesses.
    Plusieurs études ont montrés que l'activité extra hospitalière peut faire jeu égale en terme de qualité et d'accessibilité aux soins si on définit des règles claires .
    Madame soyez plus réceptive à la cogérance, vous éviterez le naufrage.
    Cordialement

  • Charles KARIGER

    15 juin 2026

    « Volens nolens », la toute bonne médecine a toujours été, est et restera une sorte de « produit de tout grand luxe » au même titre que le caviar blanc Almas, les diamants bleus et la lingerie de Dior.

  • Marianne Michel

    13 juin 2026

    Il y a de fait une collaboration à prevoir pour que les cliniques privees et hopitaux collaborent ....le problème de la permanence et des gardes notamment est reel

  • Robin GUEBEN

    12 juin 2026

    Super. Ça va la vie, Flandre-Nation ? Tout dans l'État, rien contre l'État et rien en dehors de l'État et ensuite le retour de l'Arbeitsfreude peut-être ? Je me demande comment vous allez contraindre les peuples frontaliers germano-ardennais parmi les plus révolutionnaires et les plus libres au monde ? En Flandre, la génération silencieuse l'était probablement par honte ; en Ardenne, nos grands-parents nous ont très bien expliqué les terreaux du Mal. Vivement la septième réforme de l'État fédéral en 2030 et la scission régionale du social-santé pour ne plus avoir affaire à vous.