Dr Alexandre Hebert (Vivalia) : « Le rapport fédéral valide la logique de concentration de notre plan 2030 » 

La publication du rapport des experts fédéraux sur la réforme du paysage hospitalier apporte de nouveaux éléments au débat sur l’organisation des soins aigus. En province de Luxembourg, il entre en résonance avec les choix déjà posés par Vivalia. Pour le Dr Alexandre Hebert, directeur général aux affaires médicales de l’intercommunale, ce document conforte la stratégie du plan Vivalia 2030. 

Le Spécialiste : Quelle a été votre première réaction à la lecture de ce rapport fédéral qui préconise une réduction drastique des sites aigus ? Cela suscite-t-il de l'inquiétude pour une zone rurale comme la vôtre ? 

Dr Alexandre Hebert : Pour ma part, j’y vois quelque chose de positif. Ce rapport donne enfin l'occasion à des experts du secteur de développer une vision à moyen terme, pour ne pas se baser uniquement sur l'immédiat mais pour construire un modèle durable sur plusieurs années.

Ce rapport rejoint en grande partie la philosophie du projet Vivalia 2030. Nous avions anticipé ce mouvement : nous sommes déjà amenés à réduire le nombre de sites hospitaliers aigus et notre capacité en lits aigus, tout en portant une attention particulière aux lits chroniques (revalidation, gériatrie). En gardant l’humilité nécessaire, le plan Vivalia anticipe ce qui est aujourd'hui recommandé au niveau fédéral.

Le rapport pointe la viabilité critique de certains petits sites. Comment Vivalia compte-t-elle maintenir une offre de soins accessible si l’activité aiguë se concentre ?

C’est là qu’intervient la notion d'accessibilité via les proxi-cliniques. Les communes ou les sites qui ne conserveront pas d’activité hospitalière aiguë classique ne seront pas abandonnés. Ils deviendront des centres de médecine ambulatoire robustes, proposant des consultations, du médico-technique (prélèvements, imagerie) et même de l’auto-dialyse.

Le but est que tout ce qui peut se faire en dehors de l'hôpital puisse aussi se faire dans ces structures locales, proches des citoyens. En revanche, ce qui nécessite impérativement une hospitalisation doit se faire dans des structures au dimensionnement adapté. Le regroupement des activités actuellement dispersées entre Libramont, Bastogne, Arlon et Virton vise à renforcer un pôle aigu, afin de créer des équipes de plus grand dimensionnement, et de garantir les volumes d’activité requis pour les agréments.

La pénurie de soignants s'accentue, particulièrement dans les zones peu denses. En quoi cette concentration peut-elle vous aider à recruter ?

C'est arithmétique : regrouper sur un site permet d'avoir des équipes plus grandes, avec des possibilités organisationnelles plus agiles et un allégement des contraintes. Une absence dans une petite équipe est très problématique ; dans une grande équipe, elle est gérable.

Par ailleurs, à Vivalia, nous constatons que depuis quelques années, notre balance est positive : nous avons plus d'entrées (in) que de sorties (out), tant chez les infirmiers que les médecins et c’est le cas désormais sur l’ensemble de nos sites. Nous innoverons aussi dans les conditions de travail en proposant des activités mixtes : un médecin peut travailler au CHR Cœur du Luxembourg pour l'aigu et faire des consultations délocalisées en proxi-clinique un jour par semaine (par exemple). Cela diversifie la pratique et donne de la variété au travail quotidien.

Le rapport attire l’attention sur la soutenabilité de certaines activités, dont la maternité de Marche-en-Famenne et l’offre en santé mentale. Comment interprétez-vous ces constats ? 

Pour Marche, je me veux rassurant. Malgré l’absence temporaire de deux gynécologues, entre-temps remplacés, l’activité permet habituellement d’atteindre le seuil des 600 accouchements évoqué dans le rapport. Le site bénéficie par ailleurs d’un plan de développement déjà engagé, avec notamment un nouveau bloc opératoire et une gériatrie rénovée. Dans le futur modèle, l’activité de Marche est appelée à être consolidée.

En santé mentale, Vivalia dispose d’un atout structurel. Grâce au site psychiatrique de Bertrix, qui fait partie de l’intercommunale, nous avons une expertise complète qui peut être mobilisée pour les avis intra-hospitaliers sur nos sites aigus ne disposant pas de psychiatres. C’est un avantage par rapport à d’autres hôpitaux, où l’absence de lits dédiés complique le recrutement de psychiatres.

Ce rapport servira de base aux décisions politiques futures. Quel message adressez-vous aux décideurs ? 

D'abord, que le statu quo n'est plus une option : il faut évoluer vers plus de réseaux et de collaborations. Ensuite, il faut revoir le financement. Il manque cruellement de moyens pour soutenir l'innovation, l'intelligence artificielle et les nouvelles technologies.

Enfin, il faut repenser l’aide médicale urgente. Il y a trop de services d'urgences lourds, difficiles à staffer. Le modèle doit évoluer. L'enjeu clé sera le tri centralisé pour orienter correctement le patient entre la médecine générale et l'hôpital.

> Découvrir l'intégralité du rapport 

> La synthèse du rapport

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