Les médecins libéraux et les cliniques privées françaises sont entrés lundi dans une grève nationale annoncée pour une durée de dix jours afin de protester contre plusieurs mesures de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, définitivement adoptée mi-décembre, rapportent plusieurs médias français sur base de dépêches AFP. La ministre française de la Santé, Stéphanie Rist, indique que des réquisitions pourront être décidées « en cas de besoin » afin d’assurer la permanence des soins. Exil symbolique à Bruxelles de 2000 médecins français le 11 janvier.
L’ensemble des organisations professionnelles représentatives de médecins libéraux, les syndicats étudiants et les organisations de jeunes médecins font front commun dans ce mouvement. Selon la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), environ 85 % de ses adhérents ont annoncé leur intention de faire grève. Frank Devulder, président de la CSMF, fait état de remontées de terrain qu’il qualifie d’« impressionnantes » et estime que « le mouvement sera excessivement suivi », ajoutant qu’il n’a « pas vu ça depuis 30 ans ».
Du côté des médecins de ville, Jeunes Médecins Île-de-France a mis en place une plateforme permettant aux praticiens de se déclarer grévistes, « aucun outil public » ne les recensant. Plus de 14.500 médecins s’y sont déjà enregistrés, selon les chiffres relayés par la presse française. Les modalités de participation varient selon les praticiens, certains fermant totalement leur cabinet, d’autres se limitant aux urgences ou optant pour une « grève administrative », refusant par exemple de transmettre certaines données à l’Assurance maladie.
Des mesures contestées
Les syndicats dénoncent plusieurs dispositions de la LFSS 2026, adoptée le 16 décembre, et plus largement des politiques qu’ils estiment de nature à mettre en danger la « liberté d’exercice ». Parmi les griefs figurent un budget jugé insuffisant face à des besoins croissants, un contrôle accru des prescriptions d’arrêts de travail, ainsi que des mécanismes permettant aux autorités de baisser « de façon autoritaire » les tarifs de certains actes, en « contournant » le dialogue social.
Les organisations professionnelles expriment également leurs craintes face à des projets législatifs en cours d’examen au Parlement visant à restreindre la liberté d’installation des médecins. Six syndicats affirment ainsi que « jamais un gouvernement n’avait accumulé autant d’attaques contre la médecine libérale en si peu de temps », selon une prise de position relayée par la presse française.
Activité fortement réduite dans les cliniques privées
La mobilisation concerne aussi les cliniques privées. L’activité des blocs opératoires est réduite depuis le début du mouvement et doit être interrompue à partir du 10 janvier, jour d’une manifestation nationale prévue à Paris. Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), estime que « du 10 au 14 janvier, 80 % des blocs opératoires » pourraient être à l’arrêt.
La FHP indique « soutenir et rejoindre » la mobilisation et dénonce le gel annoncé des tarifs des prises en charge hospitalières, malgré l’inflation. Selon les syndicats, « les patients déjà hospitalisés continueront d’être soignés », mais les personnes se présentant aux urgences ou à la maternité seront, « sauf urgences vitales », « transférées vers l’hôpital public ».
Réquisitions évoquées par la ministre
Interrogée sur l’organisation des soins pendant la grève, la ministre française de la santé,Stéphanie Rist, déclare avoir pris « depuis plusieurs jours » des mesures « pour organiser la permanence des soins avec les agences régionales de santé, les établissements et les professionnels eux-mêmes pour que nos concitoyens ne soient pas en danger pendant cette mobilisation ». Elle ajoute que « l’on peut également avoir recours aux réquisitions, en cas de besoin », expliquant qu’elle prendra ses « responsabilités pour que nos concitoyens puissent être soignés, tout en respectant la possibilité de faire grève pour les professionnels ».
La ministre met également en avant « une augmentation exponentielle » des dépassements d’honoraires ces dernières années. Elle estime que, « même si les abus ne concernent qu’une minorité de médecins », la situation ne peut rester en l’état, des patients renonçant aux soins pour des raisons financières. Dans la presse, Stéphanie Rist dit vouloir « renouer le dialogue » et promet d’ouvrir avec les médecins « un chantier sur les modes de rémunération ». Elle souligne que certaines mesures très contestées ont disparu, comme l’instauration d’une amende pour les médecins qui ne rempliraient pas le dossier médical partagé (DMP), une disposition censurée par le Conseil constitutionnel, et promet de ne pas baisser des tarifs médicaux sans négociations. Les syndicats jugent ces éléments « insuffisants » et disent attendre « des actes » . Ils dénoncent des « attaques » répétées contre la médecine libérale. «Jamais un gouvernement n’avait accumulé autant d’attaques contre la médecine libérale en si peu de temps »
Exil symbolique de médecins français à Bruxelles
Parmi les actions annoncées figure un « exil » symbolique à Bruxelles, prévu du 11 au 14 janvier, à l’initiative notamment du syndicat Avenir Spé. L’objectif affiché est de « démontrer les conséquences d’une fuite des médecins à l’étranger ». Philippe Cuq, co-président du syndicat, indique que plus de 2.000 médecins se sont inscrits pour participer à ce déplacement, avec transport en bus et chambres d’hôtel réservées. Leur retour est annoncé pour le 14 janvier. Cette action concerne principalement des chirurgiens, anesthésistes-réanimateurs et gynécologues-obstétriciens. Elle s’inscrit dans la stratégie de mobilisation engagée par les syndicats durant la période de grève.
Appel de l’UBPS
L’Union belge des praticiens spécialistes (UBPS) a lancé un appel parmi ses membres pour mobiliser au moins 100 personnes afin de mener une action commune avec les confrères français présents à Bruxelles dans le cadre de leur déplacement. L’initiative vise à favoriser des échanges entre médecins belges et français, sans que les modalités précises de cette action aient été encore détaillées.
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