La réforme du paysage hospitalier belge proposée par un groupe d’experts suscite, sur plusieurs points, une vive opposition de la Fédération des médecins spécialistes (FMS). La possible évolution vers un statut de salarié pour les médecins est particulièrement sensible. Selon les experts, il s’agit d’une étape logique vers des soins plus intégrés et plus efficients. Mais pour le Pr Stan Politis (FMS), c’est une menace fondamentale pour l’organisation de la médecine.
La proposition émane d’un rapport d’une commission d’experts constituée par les autorités dans le cadre de la Conférence interministérielle Santé publique (CIM Health), qui formule des recommandations pour la réforme du paysage hospitalier sur la période 2026-2036.
Dans leur vision d’un modèle de soins plus intégré, les experts prévoient aussi une autre organisation de la profession médicale. Les médecins pourraient, tout comme les infirmiers, fonctionner davantage sous un statut de salarié au sein des structures hospitalières.
La commission d’experts se compose d’un mélange d’économistes, de décideurs politiques et d’experts des soins de santé, avec une représentation médicale limitée. Parmi les médecins figurent notamment le Dr Jean Bernard Gillet, urgentiste, le Dr Bram Spinnewijn, généraliste, et le Pr Benjamin Van Camp, hématologue et ancien recteur de la VUB.
Selon la commission, cette évolution est logique. Dans un paysage où les hôpitaux deviennent plus grands, où les soins se concentrent et où la collaboration devient plus centrale, un pilotage uniforme est nécessaire.
Logique d’intégration et d’efficience
L’argumentation des experts s’inscrit dans des objectifs de réforme plus larges. Un statut de salarié facilite l’organisation des soins entre disciplines, la rationalisation des trajets de soins et une utilisation plus efficiente des moyens. La gouvernance interne des hôpitaux en devient aussi plus claire.
La proposition s’inscrit en outre dans un modèle dans lequel les hôpitaux évoluent vers des organisations de soins plus grandes, clairement délimitées et dotées de missions spécifiques. “Tout le plan part de davantage de centralisation et de davantage de pilotage”, dit le Pr Stan Politis. “Il est alors logique que l’on regarde aussi du côté du statut des médecins.”
“Une modification fondamentale du système”
Mais c’est précisément là que se situe, à ses yeux, le problème. “Cela touche au cœur de la manière dont nos soins sont organisés aujourd’hui. Et pourtant, cela est présenté comme si c’était évident”, avertit le Pr Stan Politis. “Alors qu’il s’agit d’une modification fondamentale du système.”
L’impact est sous-estimé, souligne-t-il. “La manière dont les médecins travaillent aujourd’hui détermine aussi l’organisation des soins, la répartition des responsabilités et, en fin de compte, la qualité.” Il rappelle que le système actuel des médecins indépendants dans les hôpitaux ne s’est pas développé par hasard. “Il crée de l’implication, de la flexibilité et de l’indépendance. Ce sont des forces qu’on ne peut pas remplacer comme ça.”
La discussion touche à une tension plus profonde au sein de la réforme. D’un côté se trouve la logique du changement d’échelle, de la centralisation et des soins standardisés. De l’autre, l’autonomie professionnelle des médecins. Selon le Pr Stan Politis, cet équilibre risque de se perdre. “On peut redessiner les structures, mais les soins sont toujours dispensés par des personnes”, relève-t-il. “Si l’on modifie fondamentalement leur rôle, c’est tout le système qui change avec.”
Pas de ‘boots on the ground’
La FMS émet aussi des réserves sur la composition de la commission d’experts. Bien que quelques médecins y siègent, une large représentation des médecins spécialistes et des sociétés scientifiques fait défaut, selon le Pr Stan Politis. “Des médecins sont impliqués, mais il n’y a pas de représentation des médecins spécialistes en tant que groupe. Donc pas de ‘boots on the ground’.”
Une autre critique tient au fait que les implications du statut de salarié ne sont pas rendues suffisamment explicites. “Ce qui n’est pas dit est au moins aussi important que ce qui est écrit”, dit le Pr Stan Politis. “Les conséquences ne sont pas développées.”
Le débat touche pourtant à des questions fondamentales de financement, de responsabilité et d’organisation de l’activité médicale. Pour le Pr Stan Politis, il ne s’agit pas d’un débat accessoire. “Ce n’est pas un détail technique. Il s’agit des fondements de notre système de soins.”
“On ne peut pas imposer cela”
La réforme est prévue sur dix ans, avec une mise en œuvre par phases. Mais ce sont précisément ce type de thèmes sensibles qui déterminent l’adhésion du terrain. “Sans implication du terrain, cela ne fonctionnera pas”, dit le Pr Stan Politis. “On ne peut pas imposer cela.”
La réforme du paysage hospitalier veut répondre à de réels défis. Mais la proposition visant à pousser les médecins vers un statut de salarié met en lumière un désaccord fondamental. Comme le résume le Pr Stan Politis, “Si l’on modifie fondamentalement le rôle des médecins, ce débat doit être mené de manière ouverte et approfondie.”
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Veronique De Blay
23 mars 2026Histoire d’avoir les idées claire: qui sont les experts , quelle est leur formation …. Et surtout par qui sont ils payés ???!