« Il est grand temps de revoir la loi sur les médecins-chefs » (Dr Manfredi Ventura)

Manfredi Ventura, directeur médical du Grand Hôpital de Charleroi, est à la tête de l’Association francophone des médecins-chefs (AFMC) depuis juillet dernier. Dans une interview exclusive au Spécialiste, il livre sa perception de la fonction du médecin-chef telle qu’elle est aujourd’hui et telle qu’elle devrait évoluer selon lui, notamment au sein des réseaux.

Avec les projets de réseaux hospitaliers, le sujet du médecin-chef (de réseau) est revenu à maintes reprises sur la table. Pour Manfredi Ventura, un élément intéressant dans le projet de texte sur les réseaux est que le médecin-chef de réseau est un peu plus défini, et notamment certains de ses pouvoirs dont le pouvoir d’audition.

« Nous avons plaidé pour défendre ce rôle d’arbitre, mais en lui donnant un peu plus de pouvoir parce que, au jour d’aujourd’hui, ce rôle d’arbitre, le médecin-chef l’a par sa définition dans la loi, mais c’est un arbitre sans sifflet… Avec les futurs réseaux, nous espérons qu’il sera octroyé davantage de consistance à ce pouvoir car il s’agit d’une fonction très inconfortable », souligne Manfredi Ventura.

Revoir la loi sur les médecins-chefs : une priorité absolue

Une position que le Dr Ventura défend et continuera à défendre est la suivante : « A un certain moment, si dans un réseau – mais cela peut aussi être dans un hôpital – on estime qu’il faut faire certains choix et que le médecin-chef s’implique pour ces choix, et qu’il n’arrive pas à les faire appliquer, il doit alors pouvoir retourner vers le gestionnaire et sa responsabilité doit pouvoir en être dégagée ! »

« Aujourd’hui, la responsabilité du médecin-chef est engagée, mais il n’a pas le pouvoir », fait remarquer le président de l’AFMC. « Il a une responsabilité notamment au niveau de la qualité, de la sécurité du patient et de la continuité des soins. Mais si les acteurs ne veulent pas suivre ses injonctions, il n’a aucune possibilité réelle, hormis son leadership naturel. Il n’a donc pas de véritable impact ».

« Or, pour la qualité dans un réseau, où il pourra y avoir des discordances entre les hôpitaux, où il faudra parfois créer quelque-chose de nouveau avec certains standards de qualité, avec des acteurs ne voulant pas modifier leurs habitudes ou leur mode de fonctionnement, il faudra que le médecin-chef ait le pouvoir de forcer dans une direction – qu’il devra bien entendu pouvoir justifier. Et si, à un moment, il se sent limité et bloqué par les acteurs, il faudra qu’il puisse déposer le paquet à la direction générale ou au gestionnaire et à ceux-ci d’en assumer les responsabilités. Ou alors, le médecin-chef doit avoir le pouvoir. Par exemple de dire à celui qui ne veut pas se plier à sa décision, de quitter l’hôpital », estime le Dr Ventura.

Retrouvez l’interview du Dr Ventura dans son intégralité dans Le Spécialiste .

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes un patient interessé par des informations médicales validées, consultez notre site grand public www.vivasante.be.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.

Derniers commentaires

  • Jean-Marie GERARD

    20 janvier 2018

    Bravo Ventura
    Par rapport à nos chefs qui étaient des mandarins, nous avons perdu tout pouvoir mais garder les responsabilités. La gestion étant seulement réalisable par diplomatie. Si j'avais eu le dixième du comportement autoritaire des chefs de service qui m'ont formés, j'aurais été exclu de la fonction hospitalière.
    JM Gérard