Le Spécialiste à la rencontre des grévistes

Ce matin, Le Spécialiste s’est rendu sur le site de Marche de Vivalia, le site Meuse du CHRSM et à la Clinique Saint-Luc Bouge pour entendre les revendications des grévistes et évaluer l’ampleur du mouvement.

Première impression en arrivant dans ces trois hôpitaux : les parkings et couloirs sont nettement moins fréquentés que d’habitude. Des affiches de sensibilisation ont été apposées sur les portes d’entrée et dans les couloirs pour informer les patients et leur expliquer les raisons qui poussent une partie du corps médical à faire grève.
À Vivalia (site de Marche), un comité d’accueil de six médecins distribue des tracts aux visiteurs et commente les affiches. Les grévistes sont souriants et pédagogues. « Les patients écoutent attentivement nos arguments. Cela se passe bien. Ils sont aussi soulagés de savoir que leur rendez-vous n’a pas été annulé à la dernière minute et qu’ils pourront voir leur médecin », témoigne un spécialiste.
« Notre priorité est d’informer le patient et d’expliquer pourquoi nous faisons grève », précise le Dr Céline Rousie, présidente du Conseil médical de Marche. « Nous leur expliquons que les suppléments d’honoraires sont importants pour le financement hospitalier et qu’il est capital de maintenir le déconventionnement partiel pour éviter que certains médecins ne quittent le secteur hospitalier, où les suppléments sont réglementés, pour travailler uniquement en ambulatoire. À terme, nous avons peur que la médecine d’État que veut imposer le ministre de la Santé n’incite les médecins belges à partir travailler à l’étranger, en France ou au Luxembourg. Notre système de santé risque de se détricoter. » Près de 85% des médecins du site de Marche soutiennent la grève tout en maintenant pour certains leurs consultations et leurs activité en soins intensifs, en oncologie et aux urgences. 

Action de sensibilisation

Selon la direction médicale de Vivalia, 15 à 20 % des médecins sont en grève aujourd’hui, principalement des anesthésistes et des chirurgiens. Certains spécialistes, comme les orthopédistes, ont décidé de ne pas faire grève pour ne pas allonger les délais d’attente pour les patients. « Les médecins se sont engagés à revoir les patients dont les rendez-vous ont dû être annulés dans les 15 jours », explique Alexandre Hebert, directeur général aux affaires médicales.
De nombreux médecins de l’institution ont décidé de consacrer aujourd’hui une partie de leur consultation à expliquer aux patients les menaces qui pèsent sur notre système de santé.
« Notre rôle en tant que direction médicale est de soutenir les médecins dans leur liberté de choix, de faire grève ou non, et d’organiser la bonne prise en charge des patients », ajoute Philippe Deleuse, directeur médical du site de Marche.
Sur le site de Libramont de Vivalia, un comité d’accueil médical a également sensibilisé les visiteurs de l’hôpital aux raisons de la grève. « Les patients sont solidaires des médecins. Ils comprennent les enjeux. Ils ont bien compris que le problème fondamental ne concerne pas les suppléments d’honoraires, mais bien l’instauration d’une médecine d’État. Or, le véritable enjeu est de fournir une médecine accessible à un prix normal. Nous avons à Libramont trois centres de réfugiés politiques. Nous soignons toutes ces personnes et tous les BIM. Nous faisons du social. Lorsque des personnes ont des difficultés pour payer, nous les soignons au tarif mutuel », souligne Roland Vaesen, chef du service d’urologie et vice-président du Conseil médical.
« Par cette grève, nous ne voulons pas ennuyer les patients. Ceux qui devaient être soignés aujourd’hui l’ont été. Un médecin en grève, c’est tout de même un médecin qui travaille. Pour ma part, j’ai avancé hier une opération pour pouvoir faire grève aujourd’hui. Par ailleurs, ce n’est pas parce que 50 % des médecins continuent à travailler dans l’hôpital qu’ils sont d’accord avec les réformes du ministre. Elles sont imbuvables pour 95 % des médecins hospitaliers », commente ce médecin qui avait 15 ans en 1980 lorsque son père, gynécologue, a participé à la grève des médecins pour des raisons identiques. « Vandenbroucke a réussi l’exploit de rallumer la flamme de la grève chez les médecins 45 ans plus tard. Un authentique exploit ! »
À la Clinique Saint-Luc de Bouge et au CHRSM (site Meuse), nous n’avons pas vu de grévistes dans les couloirs, mais de nombreuses affiches reprenaient leurs revendications : « Tant les médecins que les patients méritent du respect ! Non à une loi qui détruit nos soins de santé ! Non à une médecine d’État ! » ou « Les soins de santé sont en péril ! »
À la Clinique Saint-Luc Bouge, entre 80 et 90 % des médecins ont participé à la grève. « Nous maintenons essentiellement les urgences, la cardiologie (et la chirurgie cardiaque) et l’oncologie (en ce compris le dépistage via les colonoscopies) », précise Éric Deflandre, directeur médical.

AU CHRSM, la grève a été très largement suivie : entre 80 et 90 % des médecins sur les deux sites y ont participé. Une trentaine de consultations ont néanmoins été maintenues. 

Lire aussi:

> Entre 350 et 400 médecins du CHU UCL Namur en grève ce lundi

> Mobilisation assez faible au CHR Verviers: 20% des médecins en grève

> 80% des médecins en grève au CHR de Huy

> Une activité de week-end au sein des hôpitaux de Mons et Ath

> Les hôpitaux carolos touchés différemment par la grève des médecins

> Bruxelles: large mobilisation au Chirec et aux Cliniques de l'Europe, calme à Saint-Pierre

> Grève au Chirec : un retour positif des patients

> Les hôpitaux au ralenti, mais pas de perturbation majeure

> Grève des médecins - Le suivi du mouvement assez contrasté au nord du pays

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.