Observatoire européen: la Belgique se distingue par la qualité des soins, mais son système est sous pression

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La Belgique figure parmi les meilleurs élèves européens pour la qualité des soins. Selon Ewout van Ginneken, directeur de l'European Observatory on Health Systems and Policies, le système belge obtient globalement de bons résultats, mais il est confronté à plusieurs défis, dont la pression croissante sur la première ligne et une organisation des soins encore très centrée sur les hôpitaux.

Ces constats sont développés par Ewout van Ginneken dans un entretien accordé à Zorgwijzer, le magazine de Zorgnet-Icuro, la fédération flamande des organisations de soins et des hôpitaux.

Avec une espérance de vie de 82,5 ans, la Belgique affiche de bonnes performances. « La Belgique obtient globalement de très bons résultats. L'espérance de vie est relativement élevée, supérieure notamment à celle de pays voisins comme l'Allemagne et les Pays-Bas. Les résultats des traitements sont également bons et les soins sont très accessibles », souligne-t-il. « Le système présente toutefois plusieurs points faibles, notamment un reste à charge élevé pour les patients et une organisation des soins encore très centrée sur les hôpitaux. »

L'European Observatory on Health Systems and Policies est un partenariat réunissant notamment l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Commission européenne, des gouvernements nationaux, des mutualités et des institutions académiques. Il analyse les politiques de santé et compare les performances ainsi que le financement des systèmes de santé européens. L'Observatoire a récemment publié le Belgium Country Health Profile 2025 ainsi qu'une analyse de la réforme du paysage hospitalier belge (2026-2036), deux documents de référence consacrés au système de santé belge.

Des dépenses plus élevées, mais de meilleurs résultats

La Belgique consacre aux soins de santé, par habitant, environ 20 % de plus que la moyenne européenne. Cette différence s'explique par une offre de soins particulièrement large et par une consommation élevée.

« Un écart de 20 % peut sembler important, mais la Belgique n'est pas un cas isolé », observe Ewout van Ginneken. L'Allemagne et les pays scandinaves consacrent eux aussi des moyens importants aux soins de santé.

Les patients belges continuent toutefois à supporter une part relativement importante des dépenses. Les tickets modérateurs et le remboursement limité des soins dentaires pèsent particulièrement lourd.

Ces dépenses plus élevées se traduisent néanmoins par de bons résultats. « La mortalité liée à des causes pouvant être traitées est inférieure de 30 % à la moyenne européenne », indique-t-il. Pour la mortalité évitable, l'écart est d'environ 10 %. L'obésité et la consommation d'alcool demeurent des points d'attention importants.

De nombreux généralistes, mais une pénurie persistante

De plus en plus de Belges peinent à trouver un médecin généraliste de référence, alors que la Belgique compte, en comparaison internationale, un nombre relativement élevé de généralistes.

« La Belgique compte relativement beaucoup de médecins généralistes, mais de nombreuses personnes n'en trouvent pourtant pas », constate Ewout van Ginneken.

Selon lui, les centres multidisciplinaires, où les médecins généralistes travaillent avec des infirmiers et d'autres professionnels de la santé, offrent des perspectives pour mieux utiliser les capacités disponibles.

Le nombre d'hospitalisations évitables retient également l'attention. « En Belgique, les hospitalisations pour l'asthme et la BPCO sont plus nombreuses que la moyenne européenne. Ce sont des affections qui ne devraient pas conduire à une hospitalisation lorsqu'elles sont correctement prises en charge en première ligne. »

Moins de lits hospitaliers, des soins plus ciblés

Le secteur hospitalier est lui aussi confronté à une transformation importante. La Belgique dispose traditionnellement d'un nombre élevé de lits hospitaliers. Dans des pays comme le Danemark et les Pays-Bas, les soins sont déjà beaucoup plus concentrés. Tous les hôpitaux n'y proposent plus l'ensemble des traitements hautement spécialisés.

Pour Ewout van Ginneken, le regroupement des soins complexes dans un nombre plus limité de centres permet aux médecins d'acquérir davantage d'expérience et d'améliorer les résultats. La Belgique évolue prudemment dans cette direction.

Une réforme du secteur hospitalier ne peut être dissociée de la première ligne. Une diminution des hospitalisations ne sera possible que si les médecins généralistes et les autres prestataires de première ligne sont en mesure de prendre les patients en charge plus rapidement et mieux.

La numérisation offre des opportunités

La Belgique figure parmi les pays européens les plus avancés en matière de numérisation. Après la pandémie de Covid-19, elle a continué à investir, alors que d'autres pays ont ralenti leurs efforts.

Ewout van Ginneken y voit un atout important pour l'intelligence artificielle. « Pour une médecine de qualité, le pilotage humain reste essentiel. L'IA peut toutefois être utilisée pour travailler plus efficacement : elle peut prendre en charge une partie des tâches administratives et exploiter les données de manière intelligente. »

Le financement des hôpitaux évolue lui aussi. « Dans toute l'Europe occidentale, la réflexion porte de plus en plus sur un financement fondé sur la valeur : on s'intéresse davantage à la valeur de certaines interventions pour la santé qu'à chaque prestation prise séparément », explique-t-il.

La Belgique suit cette évolution. Ewout van Ginneken souligne toutefois qu'une réforme du financement hospitalier doit aller de pair avec un renforcement de la première ligne.

Le maintien à domicile comme principe

Le vieillissement de la population rend ces réformes encore plus urgentes. Ewout van Ginneken plaide dès lors pour davantage d'investissements dans les soins de longue durée et dans le soutien à domicile.

« Il faut changer de perspective. Les décideurs considèrent encore trop souvent ces dépenses comme un coût supplémentaire, alors qu'il s'agit en réalité d'un investissement indispensable. »

Les personnes âgées souhaitent rester de plus en plus longtemps à domicile et l'organisation des soins devra s'adapter à cette évolution. Une part croissante de la prise en charge repose dès lors sur les aidants proches, qui sont souvent contraints de réduire ou d'interrompre leur activité professionnelle.

Les Pays-Bas et les pays scandinaves ont fait ce choix depuis plus longtemps. La Belgique devra elle aussi opérer cette transition.

> Découvrir le Belgium Country Health Profile 2025

>  Reform of the Belgian hospital landscape (2026–2036)

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