Psychiatrie : « Une réforme de la nomenclature pourrait être suicidaire »

Récemment, Alban Antoine, directeur général depuis six ans du CH Jean Titeca, a comparé le système de santé mentale bruxellois à un aéroport - où se croisent des voyageurs en désir de voyage et des travailleurs compétents - mais sans aucun panneau d’affichage. Aujourd’hui, pour Le Spécialiste, il fait le point sur un secteur qu’il connaît très bien.

La tendance partout est à la complexification, et à un niveau inédit. Côté Fédéral, on fonctionne avec des projets dits « pilotes » depuis des décennies. Qui accepterait de se faire opérer via un protocole considéré comme expérimental depuis plus de 20 ans? Et cela se traduit en plus par une bureaucratie de conventions, de rapports d'activité, de comités… Tout le monde s’y perd. Et côté régional bruxellois, le ministre précédent a jeté des moyens financiers dans des microstructures, associations, plutôt que de stabiliser l’existant. La Cour des comptes devrait analyser ce qu’un euro injecté dans ces dispositifs amène comme valeur pour les citoyens et les professionnels. 

En résumé : on organise la fragmentation, puis on crée des dispositifs censés mettre du liant. Evaluer, stabiliser et simplifier demande d’aller à contre-courant ! Il est temps de prendre du recul et de concevoir ces soins comme un écosystème, et non la juxtaposition d’acteurs isolés. Très concrètement, financer via des taux d’occupation n’a plus beaucoup de sens. 

A la décharge des autorités, le secteur a ses clivages : psychiatrie, antipsychiatrie, résidentiel, ambulatoire… Nous sommes de plus en plus nombreux à estimer que les besoins de la population ne nous donnent plus le luxe de ces tensions intestines. Il est urgent de jeter des ponts autour du bénéficiaire final, le patient. 

Un exemple de problème aberrant sur le terrain ? 

A Bruxelles, une dizaine de lieux non agréés hébergent environ 400 personnes (selon une étude de 2019) sans aucun dispositif de contrôle de qualité, de sécurité. Par contre, des institutions comme les nôtres sont évaluées en permanence… pendant que ces centres « pirates » accueillent des personnes, parfois de manière correcte, mais parfois dans de très mauvaises conditions. A terme, tout cela engendre des surcoûts quand les personnes mal traitées finissent dans les institutions agréées. Les autorités sont responsables de cette situation. 

Au CH Jean Titeca, en quoi votre prise en charge est-elle particulière ? 

Elle est majoritairement contrainte. Nous soignons des personnes qui ne sont pas en demande d'être soignées. L’exemple le plus clair, ce sont les Mesures d’observation protectrices : les personnes qui arrivent chez nous suite à une expertise psychiatrique et une décision du juge de paix. Concrètement, une ambulance et une voiture de police arrivent et le patient nous est « imposé ». Comme très souvent l'hôpital est rempli, on doit faire sortir quelqu'un d'autre.  C’est particulier, et cela peut générer de la violence. Avec un équilibre difficile à trouver entre le sécuritaire (l’enfermement) et le thérapeutique, lequel doit toujours primer.

Que faire pour Bruxelles, dans ce secteur ? 

Il y a une injustice historique : 8,8 % des lits psychiatriques belges sont en Région bruxelloise alors que plus de 10 % de la population y vit ! Sans parler de ceux qui y transitent, et du statut de grande ville qui amène une prévalence accrue de troubles psychiatriques : précarité, population jeune, moins diplômée, sans-papiers… 

Un mot sur la psychiatrie, une inquiétude sur le secteur ? 

La Fédération belge des Psychiatres ambulatoires (FBPA) a interrogé 402 psychiatres. Un sur trois veut réduire sa pratique ambulatoire en 2026. En 2025, 58,4% des psychiatres ambulatoires ont arrêté d’inscrire de nouveaux patients, près de la moitié de manière permanente, 42,8% reconnaissent des signes de burn-out. En parallèle, j’entends des échos inquiétants de la réforme de la nomenclature. Or, une réforme des hôpitaux belges sans révision du financement serait irresponsable, une réforme du financement des hôpitaux sans réforme de la nomenclature serait stupide, et une réforme de la nomenclature qui reproduirait les injustices du passé pour les actes intellectuels serait suicidaire… Donc, oui, même si je suis un grand optimiste, je suis inquiet.

Je demande d’ailleurs si les hôpitaux généraux vont maintenir une offre psychiatrique. Le doivent-ils ? Le focus politique sur les hôpitaux aigus est d’abord interhospitalier. L’enjeu en psychiatrie est lui intra-sectoriel, entre les lignes de soin.

Et les médecins, vos professionnels de santé, comment vont-ils ?

Ils restent passionnés, et conscients des évolutions. J'ai travaillé pendant quelques années dans les hôpitaux généraux à Bruxelles. Ce que j'ai vu là, je ne veux pas le voir ici. Des batailles intestines, entre spécialités notamment, et une pensée un peu magique comme quoi tout restera en l’état. Mais ça y est, on identifie des sites hospitaliers à rayer de la carte. Dans un même temps, on voit des petites structures tomber, faute de subsides suffisants. Non, si l’on ne veut pas subir un « copier-coller » en psychiatrie, nous devons fédérer au maximum les acteurs de bonne volonté autour de ce qui fait le lien entre eux, l’amour de leur métier. En crise, il y a deux réponses possibles. Il faut choisir celle de l’alliance, car l’autre réponse, le repli sur soi, est mortifère. 

> Lire cet article dans son intégralité dans Le Spécialiste N° 251.

Lire aussi : Un psychiatre sur trois veut réduire sa pratique ambulatoire en 2026

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Derniers commentaires

  • Philippe DEGEEST

    18 juin 2026

    Je pense que tant que Ordre des Medecin met la parole du patient (parfois vu une seule fois) au niveau supérieur face au psychiatre (sans rien comprendre aux mécanismes du transfert et du contre transfert ), Nous nous savions mal aime par nos confreres mais arrivé a un niveau oû le psychiatre, qui fait des années d université (souvent le double des généraliste et plus que la plupart des spécialistes qui n y comprennent rien du tout), à voué sa vie entière en obliterant sa famille et qu on jette dans la rue physiquement pendant 2 ans (a vivre au milieu des mendiants et des poubelles), lorsqu il est orphelin en lui interdisant de pratiquer pour des faits mineurs, plus personne ne veut engager sa santé propre santé mentale au travail alors que l Ordre régional et national nous méprisent...
    Par définition, face a une hystérique, une borde-line, une mythomane, une nymphomanie, une perverse narcissique (sur 10 PN 7 sont des femmes), ou une femme qui règle ses comptes contre son père via le psychiatre, la pratique du métier devient impossible. Alors que de plus en plus d études pointent les problèmes psy, plus personne ne veut faire ce métier en Belgique où on a d office on a tort et en correctionnel, et au conseil de l Ordre Provincial (car légalement nous pouvons subir la double peine) et au conseil d appel National. Alors de deux choses l une : soit l Ordre commence à soutenir ses spécialistes comme des trésors, soit il doit être dissous comme en Suisse par exemple... Juger un confrère alors qu on n y connaît rien à son métier devrait être interdit par la Loi, Franc-maçon ou pas... Nous ne sommes ni soutenu ni aidé par nos paires., ni par les juges, ni par les procureur (où nous sommes simplement des agents de l État sic dans un jugement). Il est grand temps de faire le grand nettoyage sur un Ordre créé sous Vichy pour mieux contrôler les médecins qui pensent différemment et connaissent leur métier (sinon, ils terminent dans l administratif ou le contrôle, n ayant pas su créer une patientèle tellement leur "être est méchant" ou qui travaillent proprement mais de manière incompréhensible pour les collègues (6 années a l'université en plus, cela vous forme). Bref, voici des pistes pour améliorer les choses et surtout le soutient de notre propre Ordre qui nous appartient finalement.