Réforme du paysage hospitalier : quatre types d’établissements et une refonte des urgences

Le rapport final du groupe d’experts chargé de la réforme du paysage hospitalier propose de structurer l’offre autour de quatre types d’établissements et de concentrer les services d’urgence sur les seuls hôpitaux généraux régionaux et centres hospitaliers universitaires, avec un triage intégré via le 112 et le 1733. Les experts estiment qu’une réorganisation de ce type est indispensable pour préserver l’accessibilité et la qualité des soins.

Le rapport final du groupe d'experts chargé de la réforme du paysage hospitalier devait être prêt pour la fin de l'année 2025. Il a été rendu public la semaine dernière sous le titre « Changer pour préserver (2026-2036) ». Selon ses auteurs, ne rien faire n'est pas une option : la consigne est de se concentrer là où c'est nécessaire et de se rapprocher là où c'est possible. Au moins 39 sites hospitaliers devront probablement être transformés. En matière de réforme du paysage hospitalier, l'immobilisme est présenté comme synonyme de régression : les ressources et la main-d'œuvre ne suivront pas le rythme du vieillissement de la population. Conformément au Quintuple Aim (qualité, accessibilité financière, équité et bien-être des patients et des prestataires de soins), les experts prévoient une période de transition de dix ans pour cette transformation.

Ils rappellent que l'offre de soins est aujourd’hui trop fragmentée, avec trop de sites hospitaliers qui continuent à offrir « tout », alors que les soins doivent rester accessibles pour les affections courantes. La solution réside, selon eux, dans une combinaison réfléchie d'augmentation d'échelle et de proximité des soins : moins d'hôpitaux, mais mieux développés, complétés par des soins ambulatoires locaux et un rôle plus important pour l'hospitalisation de jour.

Les experts proposent de diviser le paysage hospitalier en quatre types d'établissements distincts, selon le principe « des soins de proximité lorsque cela est possible, des soins concentrés lorsque cela est nécessaire ». L’hôpital général régional (HGR) offre des soins planifiables et non planifiables pour les affections courantes, dispose de services médicaux et techniques complets et peut augmenter sa capacité en cas de crise. Les soins complexes sont transférés si nécessaire vers des hôpitaux universitaires spécialisés ou d'autres hôpitaux, qui doivent collaborer étroitement et communiquer avec le HGR, où le patient peut continuer à se rendre pour les soins et le suivi plus courants.

Le centre hospitalier universitaire (CHU) combine les fonctions d'un HGR avec l'enseignement, la recherche et l'innovation. Les CHU jouent un rôle central dans les soins hautement complexes et rares, en étroite collaboration avec d'autres hôpitaux. Les experts jugent nécessaire de renforcer la collaboration entre les CHU et les autres établissements de soins, mais aussi entre les CHU eux-mêmes. Ils relèvent également la présence d’une pléthore de lits universitaires dans certains hôpitaux généraux, ce qui entraîne une certaine confusion, et recommandent de les examiner d'un œil critique, sur la base de la pathologie et de la gravité des soins, comme dans les autres hôpitaux.

Le centre médical local (CML) se concentre sur les soins ambulatoires spécialisés planifiables, la chirurgie ambulatoire et le suivi chronique, en étroite collaboration avec les soins de première ligne. Les CML doivent exploiter au maximum les admissions journalières et peuvent également soutenir l'hospitalisation à domicile. L’hôpital de soins intermédiaires (HSI) accueille des patients après un séjour en soins aigus afin de les aider à se rétablir et à retrouver leur autonomie, par exemple dans le cadre de soins gériatriques, neurologiques ou palliatifs. Les CML et les HSI sont institutionnellement liés à un seul HGR ou CHU au sein de la même région de soins et font partie d'une seule entité juridique avec un personnel et des ressources intégrés.

Le rapport préconise aussi de repenser en profondeur l’organisation des soins d’urgence. Les experts plaident pour un triage intégré 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 via le 112 et le 1733, dans le cadre duquel les deux numéros d'urgence collaborent et le patient est orienté vers le cadre de soins approprié. Les services d'urgence ne seraient organisés que dans les sites HGR ou CHU, tandis que les postes de garde deviendraient plus visibles et, de préférence, intégrés sur le même site.

Pour les affections très complexes et rares, comme la chirurgie de l'œsophage ou du pancréas, la traumatologie grave ou l’oncologie pédiatrique, la concentration des soins est jugée essentielle. La reconnaissance en tant que centre d'expertise doit dépendre de critères clairs : volumes minimaux, infrastructure spécialisée, équipes multidisciplinaires et intégration dans des réseaux de soins. Une équipe multidisciplinaire est définie comme une collaboration démontrable entre des médecins spécialistes expérimentés et d'autres prestataires de soins. Pour les maladies rares, dont la prévalence est inférieure à 1 sur 2 000 habitants dans l'Union européenne, les experts plaident pour la transformation des centres de référence existants en centres d'expertise à part entière, avec des diagnostics plus rapides et des parcours de soins clairs.

> Découvrir l'intégralité du rapport 

> La synthèse du rapport

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