Réforme du paysage hospitalier : Stan Politis répond aux experts

Les experts chargés d’élaborer le nouveau modèle hospitalier affirment que leur rapport ne se prononce pas sur le statut des médecins et que les critiques de la Fédération des médecins spécialistes (FMS), publiées dans Le Spécialiste, reposent sur une mauvaise lecture. Le Pr Stan Politis conteste cette interprétation et s’appuie sur le texte lui-même. « Il est clairement écrit qu’ils considèrent les médecins comme du personnel, pas comme des indépendants. »

Le Pr Stan Politis renvoie à un passage qu’il juge central. À la page 42, le rapport mentionne : « Les médecins et les infirmiers des centres médicaux locaux (CML) et des hôpitaux de soins intermédiaires (HSI) font pleinement partie du personnel des hôpitaux généraux régionaux et des centres hospitaliers universitaires (HGR/CHU). »

Selon les experts, il ne s’agit pas d’une prise de position sur le statut des médecins dans le futur modèle hospitalier. Le Pr Stan Politis y voit au contraire une indication explicite.

« Le rapport dit noir sur blanc que, dans leur modèle, les médecins font partie du personnel. Je tiens à être très clair : les médecins ne sont pas du personnel et ne souhaitent pas l’être. Nous sommes des indépendants liés à l’hôpital par une convention de collaboration. C’est une différence fondamentale. »

Autonomie extramurale sous pression

Le Pr Stan Politis retrouve cette logique dans la conception des centres médicaux locaux (CML). Les petits hôpitaux disparaissent comme institutions à part entière pour devenir des structures sans service d’urgences ni maternité. « Ce ne sont plus de véritables hôpitaux. »

Ces centres restent toutefois rattachés à une seule structure hospitalière, avec une gouvernance et une stratégie uniques, tout en prenant en charge une part importante des soins en dehors de l’hôpital. « Il y aura aussi une intégration avec les acteurs de la première ligne. Mais ce que nous, à la FMS, refusons, c’est que cela reste sous la gestion de l’hôpital. »

Pour le Pr Stan Politis, cela modifie la nature des soins extramuraux. « Si tout reste rattaché à un même hôpital, on ne parle plus de centralisation. C’est une extension de l’hôpital vers la médecine extramurale. Les CML sont absorbés. Cela se traduit par une perte d’autonomie pour les médecins extramuraux. »

Il estime que l’organisation des soins au sein d’une seule personne morale, avec une stratégie et une gestion uniques, a nécessairement des conséquences sur les professionnels. « Si tout est regroupé dans une seule structure, la position du médecin évolue aussi. On ne peut pas affirmer que cela reste sans impact. »

Au-delà des principes, le Pr Stan Politis insiste sur les effets concrets du modèle. « On peut redessiner les structures, mais au final, ce sont des personnes qui dispensent les soins. Si leur rôle change, c’est l’ensemble du système qui change. »

« Pas besoin d’IA »

« Lisez le rapport vous-même, sans IA », ont ironisé les experts en réponse à son analyse dans Le Spécialiste. Le Pr Stan Politis balaie la critique. « Je peux rassurer les experts : je reste fidèle à une lecture classique des documents. Je n’ai pas besoin d’IA pour comprendre ce qui est écrit dans leur rapport. Il est clairement indiqué qu’ils considèrent les médecins comme du personnel, pas comme des indépendants. »

La divergence apparaît ainsi clairement. Elle porte à la fois sur l’interprétation du texte et sur ses implications concrètes pour les médecins et l’organisation des soins. « Ce qui ne figure pas dans le rapport est au moins aussi important que ce qui y figure. »

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Derniers commentaires

  • Robin GUEBEN

    27 mars 2026

    Sachant que les médecins indépendants en hospitalier travaillent sous contrat indépendants vs hôpital=client (alias salariat "à l'hospitalière" puisque ça ressemble à un contrat employeur/employé) et sachant que dans l'ambulatoire (et avant le tiers-payant et le système forfaitaire), un soignant est souvent un indépendant au strict sens du terme, l'article de l'UBPS et la remarque de Stan Politis sur l'intégration "salariée" de l'ambulatoire est tout à fait pertinente.
    À noter que j'avais dit à tout le monde qu'à système de vases communicants inefficients, il faut les accoler mais jamais les fusionner. Visiblement le destin du NHS ne vous a pas suffi donc réalisons l'échec futur tous ensemble gaiement ! (mais en pire puisqu'il n'y aura plus de secteur privé).

    3/3

  • Robin GUEBEN

    27 mars 2026

    - Interview dans le Journal du Médecin en édition du mardi 31/03/26 du Dr Bejjani de l'Absym qui parle, je cite : "Il faut formaliser les collaborations autour du patient. Le médecin traitant, les kinés, les psychologues, les infi de 1ere ligne, les autres paramédicaux : tout cela doit fonctionner comme une unité ambulatoire intégrée, avec des outils communs, des agendas partagés, des dossiers partagés, une coordination réelle [avec l'hôpital]."
    - Interview dans le Journal du Médecin en édition du mardi 31/03/26 du Dr Cuvelier du GBO qui parle, je cite : "Il faut sortir de la logique de concurrence entre les lignes de soins et aller vers une logique de coopération [... qui existe déjà...] mais elle n'est pas suffisamment structurée politiquement."
    (Les syndicats essayent de préparer le terrain évidemment).

    2/3

  • Robin GUEBEN

    27 mars 2026

    C'est très amusant de voir les tentatives des experts, de l'ancien patron de l'INAMI en commentaire ici et de l'Etat en général de vouloir masquer la volonté d'extension tentaculaire de l'hôpital sur l'ambulatoire, dirigé par une médecine d'État.
    - Le 17/12/2025 est publié le rapport des experts du CIM sur la réforme du paysage hospitalier, en stipulant noir sur blanc que les PMG 1733 doivent être intégrés dans 1 ou 2 des 4 niveaux structurels du système hospitalier réformé et parlant d'intégrer l'ambulatoire spécialisé (polyclinique privée) aux niveaux hospitaliers locaux.
    - Le 11/03/2026, le CMG expose un rapport des avantages à conserver la garde de MG en ambulatoire. (Ils ont peur évidemment).

    1/3

  • Benoit Collin

    27 mars 2026

    Le rapport des experts propose de réorganiser les activités de médecine spécialisée intra-muros selon 4 types de structures et de fonctions de soins . Le rapport ne concerne donc pas les pratiques actuellement extra-muros de médecine ou de soins spécialisés. Quand on parle de personnel on ne vise pas la notion de statut social mais la collaboration établie entre une institution de soins (hospitalière ou nouvelles formes) et des prestataires de soins.
    Je ne pense pas qu’il soit utile ou bénéfique de mettre cette question du statut social (indépendants, salariés, fonctionnaires,…) sur la table tant au niveau extra-mural qu’intramural dans les nouvelles structures « hospitalières » . C’est une réalité belge qui n’est pas en contradiction avec les objectifs du nouveau paysage de santé ou hospitalier. La vraie question c’est le rôle de l’hôpital actuellement définit comme un centre pluridisciplinaire de soins spécialisés pour des patients admis (séjour). Et se pose alors la question de la place et la nécessité en terme de santé publique de pratiques spécialisées en dehors des structures actuelles ou futures « hospitalières » . Le rapport n’en parle pas parce que ce n’était pas la demande mais le débat peut être ouvert ! Rien n’interdit ces pratiques mais delà a les favoriser, je n’en vois pas l’utilité pour la santé et l’accessibilité des patients à des soins de qualité…