Quel est l’impact des troubles de santé mentale sur l’économie belge ? À l’occasion d’un colloque sur les soins psychiatriques, organisé par l’Association belge des directeurs d’hôpitaux, Philippe Ledent, économiste senior chez ING, a présenté une analyse chiffrée pour alimenter les réflexions.
Pour étayer sa présentation sur les coûts macroéconomiques des soins de santé mentale en Europe, Philippe Ledent a décortiqué un rapport (1) de 160 pages de l’OCDE sur la santé mentale, publié le 30 avril 2026. « Dans l'ensemble des pays de l'UE, il apparaît que les troubles mentaux ont un impact considérable sur la qualité de vie, réduisant l'espérance de vie en bonne santé de 2,5 ans en moyenne. Leur impact sur l'espérance de vie globale est moindre : celle-ci est réduite de 0,25 an en moyenne, soit environ trois mois. Néanmoins, cela correspond à environ 28.000 décès prématurés. Au niveau actuel de couverture, on estime que les troubles mentaux représentent 6 % du budget annuel total de la santé dans les pays de l’UE. Cela correspond à une dépense moyenne de 76 milliards d’euros par an entre 2025 et 2050, ce qui est comparable au budget annuel total de la santé en Belgique », soutiennent les auteurs de ce rapport.
« Les problématiques de santé mentale ont un impact économique, entre autres sur le marché du travail. En Belgique, la problématique des malades de longue durée, dont une partie est affectée par des maladies mentales, entre autres le burn-out, provoque un vif débat de politique économique », rappelle Philippe Ledent. L’économiste senior précise que la banque ING a décidé en 2026 de s’intéresser particulièrement à la problématique de la santé mentale pour mieux comprendre les activités que la banque finance directement (hôpitaux, centres de santé…) et parce que la santé mentale a des impacts économiques au travers des finances publiques, du marché du travail et de l’activité économique.
Le rapport de l’OCDE révèle qu’en 2023, 22 % de la population belge présentait des troubles de santé mentale. « Au niveau de l'OCDE, la moyenne se situe aux alentours de 20 %. Précisons que tous ces troubles ne nécessitent pas obligatoirement une hospitalisation », tempère l’économiste d’ING. « Dans ce rapport, les experts citent les troubles liés à l'anxiété (40 %), à la dépression (20 %), la dépendance ou l'utilisation de substances, dont l'alcool. Et puis après, la schizophrénie, la bipolarité… »
Le parent pauvre
Quelle est la part des citoyens qui auraient besoin d'un suivi en santé mentale et qui reçoivent un suivi correct ? « En matière de santé mentale, les chiffres se situent en moyenne à 40 %. Cela veut dire que 60 % ne reçoivent pas les soins adéquats, ce qui est énorme. En comparaison, pour les autres examens médicaux généraux et traitements, dans les pays développés, seulement 4 % des patients ne reçoivent pas les soins dont ils auraient besoin », révèle Philippe Ledent. En Belgique, il faudrait augmenter les soins d'un tiers pour que tous les patients concernés puissent en bénéficier.
Autre constat qui fait réfléchir : selon l’OCDE, dans notre pays, les troubles de santé mentale (anxiété, dépression, alcoolisme) réduisent de trois ans l’espérance de vie en bonne santé. Cette réduction sera en moyenne de 2,5 % en Europe à l’horizon 2025-2050.
Baisse de la productivité
« Les experts estiment qu’en moyenne le PIB des pays européens diminue de 1,7 % (de 2 % en Belgique) en raison de la baisse de la participation de la force de travail et de sa productivité. En Belgique, cela représenterait une perte de près de 30.000 ETP pour la période 2025-2050 », alerte Philippe Ledent, qui pointe l’impact de cette réduction de la force de travail sur l’économie.
À l’analyse de ces statistiques, l’économiste constate que la Belgique est un peu dans le ventre mou, proche des moyennes européennes ou de l'OCDE.
« La question du coût est particulièrement pertinente en Belgique, parce que la contrainte sur les finances publiques est devenue intenable et qu’il est nécessaire de réduire cette pression », souligne Philippe Ledent. « Actuellement, les dépenses en matière de soins de santé et les pensions augmentent plus rapidement que leur source de financement. À cette croissance s’ajoute l'explosion du nombre de malades de longue durée. Nous sommes face à un défi majeur pour financer ces dépenses à l'avenir. »
(1) Découvrir l'intégralité du rapport








Derniers commentaires
Michel Cautaerts
12 juin 2026Nous avions jusqu'à aujourd'hui un des meilleurs système de santé. Mais je suis stupéfait que les responsables politiques persistent à limiter le nombre de médecins en Belgique.
Si les 30% de psychiatres qui ont plus de 65 ans arrêtent de travailler, comment la santé mentale sera-t-elle en mesure de répondre aux besoins de soins?