Avec l’Association belge des présidents de conseils médicaux, le Dr Hervé Vanden Eede et Charles Chatzopoulos organisent le samedi 25 octobre à Bruxelles un premier symposium consacré à l’efficacité des soins comme levier de durabilité du système de santé. Le Spécialiste participe et soutient cette initiative qui appelle les médecins hospitaliers à se mobiliser face aux défis budgétaires et organisationnels.
Face à un cadre budgétaire contraint, la question d’une meilleure organisation des soins devient urgente. Plutôt que d’imposer aux médecins 150 millions d’euros d’économies, comme le prévoit aujourd’hui la lettre de mission du gouvernement, il faudrait mobiliser les ressources financières considérables qui pourraient être libérées grâce à une utilisation plus rationnelle des moyens existants. C’est autour de ce thème que se réunira le congrès de l’Association belge des présidents de conseils médicaux (ABPCM).
Et les experts estiment que le potentiel est immense. L’argent ne manque pas dans le système de santé, mais il est souvent mal employé. Selon certaines estimations, 2 à 4 milliards d’euros pourraient être dégagés par une allocation plus judicieuse des moyens. Ces sommes existent déjà dans le système : il s’agit désormais de les utiliser au mieux.
Le rôle clé des conseils médicaux
Pour les conseils médicaux, leur rôle est central dans ce chantier. En agissant comme un groupe uni et en fixant des règles claires, ils peuvent encourager les médecins à suivre davantage les recommandations et ainsi améliorer l’efficacité des soins. L’enjeu est de peser collectivement, notamment dans la lutte contre la fraude qui mine le secteur.
Le partage des données est un outil essentiel. S’ils pouvaient accéder à des informations pertinentes, les conseils médicaux seraient en mesure d’identifier rapidement les pratiques qui s’écartent des recommandations et d’y remédier directement, sans passer par les longues procédures de l’Inami et des autorités, qui peuvent durer un an. Une approche plus directe et pédagogique, menée au sein même des hôpitaux, permettrait aux praticiens d’adapter rapidement leur pratique.
Des exemples concrets montrent l’importance de ce travail. « Pensons à l’introduction de médicaments hypocholestérolémiants chez des patients de plus de 85 ans, ce qui a peu de sens médicalement puisque l’effet se manifeste après dix ans, alors que beaucoup de ces patients n’atteindront pas cet âge », illustre un expert. « Ces pratiques sont souvent le résultat d’un manque d’information chez les prescripteurs. »
En diffusant les bonnes pratiques et en surveillant leur mise en œuvre grâce à l’analyse de données, les conseils médicaux estiment pouvoir générer en quelques mois des économies substantielles. Ces moyens pourraient ensuite être réinjectés dans les hôpitaux pour améliorer la qualité et l’innovation, comme l’achat d’un robot chirurgical ou le financement d’un projet de construction.
Une mobilisation nationale
L’Association belge des présidents de conseils médicaux, créée en 2023 par le Dr Gilbert Bejjani, s’est donné pour mission de défendre la médecine hospitalière et de lui offrir la reconnaissance qu’elle mérite. Les médecins hospitaliers travaillent sous forte pression et doivent faire face à de nombreuses obligations. L’association veut être une voix forte et indépendante en faveur d’une meilleure organisation, d’une rémunération correcte et d’un rôle central des conseils médicaux dans les hôpitaux.
Le Dr Hervé Vanden Eede (photo) membre de l'association, a lancé l’organisation d’un symposium d’information pour les médecins hospitaliers. Rapidement, la préparation de l’événement a montré la nécessité d’une mobilisation nationale. L'ABPCM a pris en charge l’organisation et veut agir comme une association nationale, bilingue et autonome, ancrée dans la réalité du terrain.
Le premier symposium aura lieu à Bruxelles le 25 octobre 2025. Ce sera la première étape d’une série de rencontres informatives et interactives, visant à créer un dialogue constructif. Objectif : informer, mobiliser et rassembler. « Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons bâtir un modèle de soins durable, en concertation avec tous les acteurs du secteur », souligne le Dr Vanden Eede.
« Il est important d’informer les médecins parce que j'entends souvent des confrères qui m'interpellent en disant « on n'est pas au courant de ce qui se trame” », soutient, Charles Chatzopoulos, président de l’ABPCM. « Or, des réformes majeures sont en préparation et risquent d'avoir un impact direct sur notre métier et sur nos patients. Il est essentiel que les médecins hospitaliers soient informés. Lors du colloque, ils seront également écoutés par des représentants de l’Inami, des mutuelles et du Cabinet du ministre Vandenbroucke, issus des cénacles où se prennent les décisions importantes. Une réforme des soins de santé ne peut être équilibrée que si les médecins peuvent s'associer aux décideurs, parce que ce sont les professionnels du terrain. »
Le président de l’ABPCM souligne que leur association est indépendante des syndicats médicaux. «Nous voulons travailler main dans la main avec les syndicats qui représentent tous les médecins, généralistes et spécialistes. Nous avions parfois l'impression que le médecin hospitalier était un petit peu assimilé aux autres médecins, sans tenir compte de sa spécificité et des contraintes qu’il doit supporter.»
Vieillissement de la population, contraintes budgétaires, attentes accrues des patients, développement de l’intelligence artificielle : les défis sont nombreux. Qualité, accessibilité et efficacité ne doivent pas rester des slogans vides. L’innovation est nécessaire, mais toujours au service du patient et des équipes. « Tous ces enjeux exigent une meilleure organisation, une professionnalisation et surtout une implication active des médecins dans les choix politiques», avance le président de l'ABPCM.
L'ABPCM veut jouer un rôle moteur, mais rappelle que cela ne peut se faire qu’en co-gouvernance avec les chefs de service et les directions. Elle appelle chaque médecin hospitalier à participer, dialoguer et contribuer. « Renforçons ensemble la position des médecins dans une politique tournée vers l’avenir – pour nos patients, nos collègues et les soins de demain. »
Le Dr Charles Chatzopoulos souligne que le récent projet de loi-cadre du ministre Vandenbroucke a eu l’effet positif de remobiliser les médecins. « Durant les réformes, il est capital de ne pas exclure les médecins hospitaliers de la gouvernance hospitalière. Les médecins hospitaliers, via leurs Conseils médicaux, doivent travailler en parallèle ou en collaboration avec les directions pour essayer d'avoir un modèle le plus équilibré et le plus durable possible. Une réforme ne peut fonctionner que si elle se fait en collaboration avec les acteurs qui y travaillent. Les médecins doivent aussi s’emparer de ces problématiques, s’informer et se former, entre autres, via le Master en management des institutions de soins de santé de l’ULB. »
Le rôle du médecin hospitalier et des conseils médicaux dans le cadre des réformes du système de santé sera également abordé lors du colloque.
Au cœur de ce changement figure le modèle de gouvernance en cours de révision. Ce modèle est essentiel pour une collaboration efficace entre les médecins et les directions hospitalières.
Seul un modèle de gouvernance solide et partagé permet de concilier soins efficients, contrôle budgétaire, innovation et amélioration de la qualité.
Une coopération constructive ne peut exister que dans un climat de respect et de confiance mutuels. C’est pourquoi le symposium accordera une attention particulière aux options
possibles pour un nouveau modèle de gouvernance.
Une accréditation en éthique et en économie a été demandée.







