Urgences : jusqu’à trois jours sur un brancard

Une enquête de Samu-Urgences de France rapporte des attentes pouvant atteindre trois jours ou davantage sur un brancard faute de lit et des décès dans 26 structures. La littérature documente une surmortalité chez les patients âgés contraints de passer la nuit aux urgences. Et en Belgique ? Aucune donnée nationale publiée comparable n’a pu être identifiée.

L’enquête de Samu-Urgences de France porte sur 143 professionnels de structures d’urgence, Samu-SAS et Smur répartis dans 80 départements. Réalisée après un été 2026 marqué par plusieurs épisodes caniculaires, elle repose sur des données déclaratives et non exhaustives.

Au-delà de l’augmentation d’activité liée à la chaleur — 87 % des répondants rapportent une hausse des demandes de soins —, les résultats mettent surtout en évidence les difficultés d’hospitalisation des patients en aval des urgences.

Jusqu’à trois jours sur un brancard

Parmi les 58 services ayant réalisé des comptages, 43 % déclarent au moins 20 « patients-brancards » par jour. SUdF définit ceux-ci comme des patients restant installés sur un brancard au moins une nuit après la fin de leur prise en charge aux urgences, faute de lit d’hospitalisation en aval.

La durée maximale médiane d’attente atteint 48 heures. Dans 32 structures, certains patients ont attendu trois jours ou davantage avant leur hospitalisation.

Vingt-six structures ont déclaré au moins un décès d’un patient alors qu’il était pris en charge ou en attente sur un brancard.

SUdF insiste sur les limites d’interprétation : l’enquête ne permet ni de déterminer les causes de ces décès, ni d’établir un lien causal avec le temps passé sur un brancard, ni de mesurer une éventuelle surmortalité.

+39 % de risque de décès après une nuit aux urgences

Une étude prospective multicentrique française publiée en 2023 dans JAMA Internal Medicine a inclus 1.598 patients âgés de 75 ans ou plus dans 97 services d’urgence. Parmi eux, 707 avaient passé la nuit aux urgences dans l’attente d’un lit, contre 891 transférés dans une unité d’hospitalisation avant minuit.

La mortalité intrahospitalière atteignait 15,7 % chez les patients ayant passé la nuit aux urgences, contre 11,1 % chez ceux hospitalisés avant minuit.

Après ajustement, le risque relatif de mortalité était supérieur de 39 % (RR ajusté 1,39 ; IC 95 % : 1,07-1,81). Le risque d’événements indésirables était également accru (RR ajusté 1,24 ; IC 95 % : 1,04-1,49).

Les patients présentant une perte d’autonomie apparaissaient particulièrement vulnérables : chez ceux nécessitant une aide pour les activités de la vie quotidienne, le risque relatif ajusté de mortalité atteignait 1,81 (IC 95 % : 1,25-2,61).

Il s’agit d’une association et non de la démonstration d’un lien causal. Ces résultats montrent néanmoins que les séjours nocturnes aux urgences dans l’attente d’un lit sont associés à un risque accru chez les patients âgés.

Des urgences à plus de 38 °C

La canicule a ajouté une difficulté supplémentaire. 51,4 % des répondants à l’enquête SUdF indiquent que leurs locaux étaient dépourvus de climatisation ou seulement partiellement climatisés.

Parmi les 35 structures ayant mesuré la température, la moitié ont enregistré 32 °C ou davantage, certaines dépassant 38 °C.

Ces conditions concernent des services accueillant notamment des patients âgés et fragiles, alors que les équipes doivent simultanément gérer les conséquences sanitaires de la chaleur et les difficultés d’accès aux lits d’hospitalisation.

Et en Belgique ?

Aucune donnée nationale publiée comparable au baromètre de Samu-Urgences de France n’a pu être identifiée pour la Belgique. Il n’est donc pas possible d’établir, sur cette base, combien de patients restent 24, 48 heures ou davantage aux urgences après décision d’hospitalisation faute de lit disponible.

Une étude prospective menée à Leuven sur 108.229 patients adultes entre juin 2010 et juillet 2012 fournit néanmoins des données sur l’overcrowding. Lors des périodes considérées comme saturées, une médiane de 58 patients étaient présents pour 40 places de traitement, contre 30 durant les périodes les moins chargées.

Après ajustement, les chercheurs n’avaient pas retrouvé d’association indépendante entre cette saturation et la mortalité (OR 0,94 ; IC 95 % : 0,74-1,19), mais observaient une augmentation de la durée d’hospitalisation.

La portée de ces résultats pour la situation actuelle est limitée : les données ont plus de dix ans et l’étude évaluait la saturation globale du service, pas spécifiquement le boarding, c’est-à-dire le maintien aux urgences d’un patient dont l’hospitalisation a été décidée dans l’attente d’un lit.

L’absence de données comparables s’inscrit dans une problématique plus large. En 2024, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) constatait qu’« il n’existe actuellement pas de système structurel pour mesurer les délais d’accès aux soins ou “temps d’attente” » en Belgique et préconisait, sous certaines conditions, la mise en place d’un système centralisé de collecte.

À notre connaissance, aucune donnée nationale publiée ne permet actuellement de déterminer combien de patients passent une, deux ou trois nuits sur un brancard dans les urgences belges faute de lit d’hospitalisation.

> Découvrir l'enquete de Samu-Urgences de France

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Derniers commentaires

  • Robin GUEBEN

    23 septembre 2026

    Les box des urgences de consultations des urgences hospitalières sont toutes des brancards... Unité A ambulatoire (chirurgie et fractures et bobo divers), Unité B bed, Unité C chair, Unité D déchoc. Les seuls lits sont à l'HP hospitalisation provisoire en Belgique ou l'UHCD en France. Normalement c'est une hospitalisation de max 24h dans l'attente d'une hospitalisation sous l'aval d'un spécialiste. Si l'HP déborde, les patients sont alors mis sur des brancards des box. Les brancards-couloirs surviennent lorsque l'HP est pleine et les box de consultations sont pleins.

    On va payer un administratif ou pire on va demander aux prestataires du travail supplémentaire administratif pour demander "combien de brancards-couloirs" avez-vous par jour ? Zero ? Ah ok tout va bien... alors que l'HP est souvent HP+2j HP+3j et que l'HP déborde quotidiennement sur les box.

    Si les gens du KCE et de l'INAMI avaient un minimum de cerveau logique, ils en déduiraient que facturé par jour en hospi "urgences HP" il y a peut-être 8 ou 10 patients alors que dans l'hôpital il n'y a structurellement que 4 lits d'HP. La différence est le nombre de brancards-couloirs déguisés puisqu'on les met dans les box...

    Je pense qu'on a surtout besoin de rajouter des neurones à certains avant d'ajouter de l'administratif à d'autres.