Violence à l’hôpital : l’architecture peut-elle prévenir les agressions ?

Lors des 4es Journées de l'Architecture en Santé (JAS), la question de la violence à l’hôpital et de l’impact potentiel de l’architecture a été abordée par le Dr Wissam Bou Sleimann, président de Hospitals.be et directeur général médical du CHU Brugmann : « Soigner les lieux pour apaiser les liens, cette phrase peut paraître un petit peu poétique pour certains, mais en fait, ce n'est pas du tout poétique. Notre responsabilité est de comprendre comment nos hôpitaux peuvent, à l'heure actuelle, encore être des lieux de soins et non pas des lieux de confrontation. »

La réalité du terrain est en effet sans appel : « Nous assistons à une transformation profonde, une multiplication des agressions, un sentiment d'insécurité croissante chez tous les soignants… L'hôpital est devenu un lieu où viennent se concentrer vraiment les fragilités de la société. Cette agressivité fragilise les conditions de travail, les conditions d'exercice de nos soignants. Elle questionne notre capacité collective à garantir un environnement sûr pour les infirmiers, pour les médecins, pour celles et ceux qui prennent soin tous les jours des autres. Ce sont surtout les femmes et les jeunes soignants qui sont les plus susceptibles de vivre des agressions en milieu hospitalier. En Belgique, nous avons à peu près 90 % du personnel qui a subi, à un moment donné, une forme de violence récente. Des agressions graves, y compris au couteau. Les soignants sont deux à trois fois plus exposés que les autres professions. »

Un coût sous-estimé

Un rapport a été commandité en 2011 par le Design Council et le département de la santé en Angleterre a montré que cette violence en milieu hospitalier coûte 69 millions de livres sterling par an. « Ce chiffre, très probablement, est en nette augmentation aujourd’hui. »

La question centrale, selon lui, est la suivante : est-ce que nos hôpitaux sont encore conçus pour faire face à cette réalité ? « L'environnement bâti influence le stress, la perception de la sécurité globale de l'hôpital, les interactions humaines, et donc le risque d'escalade possible. L'architecture n'est jamais neutre. L'architecture doit agir dans une forme de prévention primaire, avant les caméras, avant les agents de sécurité. »

Culture institutionnelle de désescalade, gestion de la violence : l'architecture va soutenir ces leviers et leur efficacité peut être démultipliée selon lui. « Certaines unités sont plus à risque : la psychiatrie, la gériatrie, les urgences… Dans ces services, l'architecture doit anticiper l'imprévisible avec des circulations de patients qui peuvent être différenciées, mais aussi sur les espaces d'attente et de triage précoce. Nous devons, au travers de l’architecture notamment, transmettre des informations claires, lisibles et compréhensibles par les patients… sans oublier une acoustique qui peut aussi participer à apaiser les tensions. »

Un débat sur la question

En 2026, dans ce contexte, l'association belge des hôpitaux, Hospitals.be, souhaite ouvrir un débat stratégique, un débat sur la co-responsabilité entre les organisations hospitalières, les architectes, les autorités publiques, les partenaires de sécurité et les équipes soignantes. « Si nous voulons des hôpitaux plus sûrs, nous devons penser autrement », conclut-il.

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