Santé des Bruxellois : « Une grande tectonique des plaques se met en place »

Quels sont les principaux défis à relever à Bruxelles dans le secteur des soins de santé pour les prochaines années? Philippe Close, bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Elisabeth Degryse, tête de liste des Engagé(e)s à la Chambre, et Marc Noppen, CEO de l’UZ Brussel, ont eu l’occasion de débattre à ce sujet lors d’un symposium organisé par la fédération Gibbis au parlement bruxellois.   

 «On ne parle pas assez de la qualité des soins de santé en Région bruxelloise. J’ai été l’architecte de grands accords, entre autres pour la reconstruction hospitalière. La position de Bruxelles, en Belgique, mais aussi en Europe, au niveau du nombre de lits hospitaliers présents sur son territoire est impressionnante. Notre région a un potentiel incroyable. Nous sommes face au défi de repenser le système de financement. Près de deux tiers des hôpitaux sont en déficit. Nous sommes restés dans un schéma hérité des années soixante et septante qu’on essaye de faire évoluer en permanence. Il faut repenser ce modèle », soutient le bourgmestre de la ville, actif depuis des années dans la gestion des hôpitaux publics bruxellois. 
En tant que vice-président de Solidaris, Philippe Close estime qu’il ne faut pas oublier le rôle des mutuelles, « qui sont les syndicats des patients ». « Si dans notre pays, nous sommes parvenus à créer une Sécurité sociale forte, c’est parce qu’on a réussi à travailler avec les médecins, les institutions et les syndicats des patients.»
« Par ailleurs, nous allons de plus en plus vers des regroupements. Comment la première ligne de soins va-t-elle se positionner face aux groupements hospitaliers ? », interpelle l’élu socialiste.

« Une grande tectonique des plaques se met en place. Cette dynamique est complexe. Nous avons cette culture de l’hôpital, sans doute liée au mode de financement, mais il y a un véritable enjeu pour déterminer la place de la médecine de proximité et le rôle de la première ligne.»
Le bourgmestre de la Ville de Bruxelles souligne que la Région bruxelloise concentre de nombreux lits hospitaliers universitaires. « A Bruxelles, vous pouvez être soignés, quels que soient vos moyens financiers, par les plus grands spécialistes avec le meilleur matériel. C’est une chance incroyable que tout le monde peut reconnaître.

Du côté francophone, il y a actuellement un débat sur la nécessité de rationaliser les institutions et de régionaliser. Rappelons qu’il y a trois hôpitaux académiques à Bruxelles, dont deux dépendent de la FWB. Où vont aller ces lits ? Cette question semble très institutionnelle, mais elle est très pratique. »
Pour Philippe Close, un autre enjeu fondamental pour les soins de santé est l’enseignement. «Une des forces de Bruxelles est d’être une ville qui transmet la connaissance. Par exemple, il y a trois centres de formation de technologues sur notre territoire. C’est fondamental de redonner au niveau de l’enseignement le goût pour le travail du personnel soignant. Un des grands défis actuels est de trouver du personnel soignant et technique pour nos institutions pour travailler aux côtés des médecins. »

S’occuper des déterminants de la santé
Elisabeth Degryse (Les Engagé(e)s), ancienne vice-présidente des Mutualités chrétiennes, estime qu’un des défis majeurs en Région bruxelloise est de lutter contre les inégalités sociales. «On sait que les inégalités sociales impactent la santé. Si on veut que le niveau de santé des Bruxellois augmente, il faut s’occuper de tous les déterminants de la santé : le logement, l’accès à l’emploi, la lutte contre le sans-abrisme… Il faut un regard institutionnel structuré sur le financement et le personnel, mais il faut que dans toutes les politiques déployées, on puisse mesurer l’impact sur la santé et sur les inégalités. C’est un enjeu capital pour que la population bruxelloise soit en meilleure santé.»
Marc Noppen, CEO de l’UZ Brussel, a souligné que le concept du « territoire bruxellois » n’est pas un concept médical. «Plus clairement, un tiers de l’activité médicale réalisée à Bruxelles ne concerne pas des Bruxellois, mais bien des patients de la périphérie. Au niveau socio-démographique, Bruxelles dépasse les frontières de la Région bruxelloise. C’est important à comprendre. Lors de la pandémie, on s’est d’ailleurs bien rendu compte qu’il n’y avait pas frontière médicale.» Et d’ajouter qu’au niveau de la Région bruxelloise, il y a de fortes disparités socio-démographiques, par exemple entre le Nord et le Sud. Implication des syndicats médicaux
Paul De Munck, président du GBO, a interpellé le panel réuni par Gibbis pour demander que les syndicats médicaux soient, comme en Wallonie via l’Aviq, associés aux discussions et négociations sur l’évolution des soins à Bruxelles. Philippe Close a botté en touche en soulignant que, en raison de la 6e réforme de l’Etat, l’action des syndicats médicaux se situe au niveau fédéral et que les médecins ont l’occasion de s’exprimer - « et le font » -  dans le secteur hospitalier via les Conseils médicaux.    

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