Violence contre les médecins: plus de 330 rapports d’agression en 6 ans!

Chaque semaine, des médecins sont victimes d’agressions verbales, physiques ou psychologiques. 75% sont des médecins généralistes. Des agressions probablement sous estimées car beaucoup de médecins ne déclarent pas les incidents dont ils sont victimes. Surtout du côté francophone selon Lieve Galle, coordinatrice du Projet “Médecins en difficulté” qui nous livre ses derniers chiffres.

Depuis 2016, un travail de prévention est mené  par le Conseil national de l'Ordre des médecins avec "Médecins en difficulté" et un point de contact central "Agressions contre les médecins", accessible sur le site www.ordomedic.be
« Nous avons eu plus de 330 rapports d’agression (74% NL-26%FR) à ce stade depuis le lancement» explique Lieve Galle, coordinatrice du projet : “Il est très probable que ces chiffres soient sous-estimés car beaucoup de médecins ne déclarent pas les faits dont ils ont été victimes. » Les médecins francophones notamment ne doivent pas hésiter à appeler plus. « Nous développons depuis quelques mois plus spécifiquement le volet francophone avec des webinaires et une communication adaptée pour les sensibiliser » explique Pascale Senny, la coordinatrice francophone.

Si sur le terrain, les agressions verbales se multiplient notamment depuis la crise covid, elles ne font pas souvent l’objet d’une plainte à la plateforme : « Ils ne prennent pas toujours le temps de le faire. Ils restent concentrés sur leur pratique et le patient suivant » explique Luc Herry, président de l’Absym qui constate que les raisons des agressions évoluent avec le temps sur le terrain : « Avec le tiers-payant, tant les spécialistes que les généralistes sont moins agressés pour des raisons financières, par contre, il y a une progression des agressions verbales quand les médecins ne prescrivent pas l’examen ou ne veulent pas réaliser l’examen que le patient demande parce qu’il l’a lu sur Dr Google.”

Quels types de plaintes ?

Dans les faits, les chiffres confirment cette impression comme le rappelle Lieve Galle : « 57% des violences sont verbales. Pour le reste, 23% des violences sont psychologiques, 17% physiques et 3% sexuelles. Ce sont les généralistes qui sont les plus touchés : 75% sont des médecins généralistes, 12% des spécialistes, 5% des généralistes en formation puis 1% des spécialistes en formation...»

Où ont lieu les agressions? 

Dans 45% des cas, l’agression a lieu dans le local de consultation, dans 21% des cas par email/téléphone/Internet ou courrier, dans 13% au domicile du patient, dans 7% à l’hôpital et dans 14% dans un autre lieu. Il faut savoir que dans 50% des cas le patient est connu de son médecin. Par contre, dans 28%, le patient est inconnu. Le patient n’est pas le seul danger pour le médecin. Dans 16% des cas, l’agression provient d’une autre personne que le patient.

Les médecins agressés ne peuvent pas toujours bien identifier le profil de l’auteur : dans 71% des cas, il n’est pas mentionné lors de la plainte. Dans 18% des cas, le patient est connu pour des problèmes psychiatriques. Dans 5 %, il s’agit d’un récidiviste ou d’un criminel....

Récemment, une étude de l’institut Vias a montré que trois-quarts des pompiers, ambulanciers et personnel du service des urgences sont victimes d’agressivité et de violence. La moitié des répondants (50%) a déclaré avoir subi une agression physique au moins une fois ou plus au cours des 12 derniers mois. Selon les répondants, la moitié des personnes agressives (52%) était sous l’influence de l’alcool. 

Pourquoi le médecin est agressé ?

La prescription reste la raison principale des agressions : dans 26% des cas, il s’agit d’un problème de prescription ou d’attestation où le médecin ne répond pas comme le patient le souhaite ; dans 16% des cas un mécontentement à propos du service ; dans 6% des cas, un mécontentement suite à la décision de demande d’incapacité qui n’est pas rencontrée; dans 5% des cas un temps d’attente trop long ; dans 4% des cas, le patient est sous influence de toxique et dans 6% des cas, le patient a un problème financier pour payer les honoraires ou il s’agit d’un vol d’argent dans le cabinet.

Face à toutes ces agressions, lors du dernier webinair sur la question, le Dr Victor Fonze, vice-président de "Médecins en difficulté" a rappelé que « le médecin ne doit pas attendre pour déposer plainte. Le fait de s’avouer en difficulté ne met nullement en cause la compétence d’un médecin. Il ne faut pas avoir un sentiment de honte ou de culpabilité. C’est important qu’il le fasse pour améliorer la prévention. »

Un drapeau rouge dans le dossier médical
Parmi les solutions ou les actes de prévention, « l’Ordre a aussi fait une proposition de drapeau rouge dans le Sumehr (il serait possible d’avoir un onglet agression que tout médecin pourrait voir de manière préventive) qui est à l’étude... »
Il reste une question de fond : Peut-on se séparer d’un patient agressif ? Oui, s’il n’y a pas ou plus d’urgence pour sa santé. Le médecin doit informer le patient de son refus ou de son impossibilité à continuer à le prendre en charge. Le médecin doit prendre toutes les dispositions pour que soit assurée la continuité des soins avec notamment la transmission de toutes les informations nécessaires à un autre médecin désigné par le patient... 

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.