Burn out: quand le suicide menace les médecins en formation

La liste de suicides d’étudiants en médecine ne cesse de s’allonger en France : Léo, étudiant en Paces à Grenoble mais aussi des étudiants à Strasbourg, Mirande (Lot), et Paris (Marine, interne en dermatologie). Un constat qui appelle des interrogations au niveau hospitalier, médical et politique. « Il existe un lien fort entre temps de travail élevé et santé mentale », souligne le CNOM, conseil national de l'ordre des médecins en France. « Le temps de travail est supérieur à 48 heures hebdomadaires. 39,9 % des répondants déclarent travailler entre 48 et 60 heures, 16 % entre 60 et 70 heures, et 8,6 % plus de 70 heures par semaine ».

Et chez nous ?

La situation est comparable. Pour le Dr Giovanni Briganti, co-président du Cium : « La solution, c'est d'avoir plus de médecin.  Il n'est pas normal que les assistants travaillent 80 h au lieu de 48 h semaine. Certains hôpitaux forcent les médecins assistants à travailler 72 h semaine. Les médecins assistants dans les hôpitaux sont tellement fatigué qu'il y a des accidents. Les hôpitaux font des économies en usant les assistants.».  Le CIUM et le CIMACS en formation (voir article) vont donc initier  une étude sur le stress et le burn out des assistants en médecin. «C'est indispensable pour objectiver les choses et permettent de trouver des solutions avec tous les acteurs concernés. »

A noter que des initiatives ont déjà existé dans les hôpitaux en Flandre comme en Wallonie pour sensibiliser la direction et les patients sur les risques d’erreurs médicales suite aux conditions de travail. Ainsi au CHU du Sart Tilman, il  y a eu une action où les médecins possédaient un bracelet vert, orange ou rouge suivant le nombre d'heure de travail presté.  Ce projet n'a toutefois pas été reconduit.

Les spécialités les plus touchées

Dans une thèse rédigée à la KU Leuven en 2016, un état des lieux avaient déjà été réalisés pour 478 médecins généralistes en formation inscrits dans l’ensemble des universités flamandes. Les chiffres étaient éloquents :  29,8 % d’entre eux couraient un risque important de burn out et 8,1 % présentent des signes cliniques de burn-out. Cette thèse proposait des solutions concrètes qui ne sont toujours pas d’applications partout comme le nombre d’heures de stage par semaine réaliste (par exemple 40 heures au lieu de 60 heures ou plus), la limitation du nombre de gardes pendant le stage ou la possibilité de récupération le matin suivant une journée de travail qui s’est terminée tard . Des éléments qui rejoignent une récente étude réalisée aux États-Unis : plus de 40% des médecins rapportent des signes de burn-out.

Parmi les spécialités les plus touchées, on retrouve en tête les intensivistes et les neurologues avec 48%, suivis des médecins généralistes avec 47%, les gynécologues et les internistes avec 46%.

Une revue systématique de la littérature scientifique est parue en 2016 dans le Journal de l’American Medical Association (JAMA). Elle retrouve 11,1% de risque suicidaire chez les étudiant·e·s en médecine et 27,2% de dépression.

En France , plusieurs études réalisées notamment par l’Ordre des Médecins, suggèrent que près de 8 % des décès des médecins en activité seraient dus à un suicide, soit deux fois plus que pour la population générale.

En Belgique, Koen Matton, chargé de mission à l’Ordre des médecins pour la plateforme de soutien Médecins en difficulté” reconnaît avoir déjà reçu des appels téléphoniques où le confrère avouait avoir sérieusement pensé au suicide.

Lire aussi :

 >«Je connais un cas de suicide mais 50% des assistants risquent le burn out, alors...» (Jérôme Lechien)

Burn out des assistants médecins : « savoir dire stop ! »

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