L’ULiège crée la Chaire internationale Mukwege

À l’occasion de sa présence à Liège pour y recevoir le titre de Docteur honoris causa, le Dr Denis Mukwege a annoncé la création avec l’Université de Liège de la Chaire internationale sur «La violence faite aux femmes et aux filles dans les conflits» (en abrégé «Chaire Mukwege»).

Cette démarche initiée par le professeur émérite (ULiège) Véronique De Keyser, Députée européenne honoraire, fait suite aux premiers contacts du Dr Denis Mukwege en novembre 2013 avec les médecins du CHU de Liège dans le but de mettre sur pied des programmes de coopération, notamment en suivi psychologique.

La Chaire Mukwege vise à développer les recherches interdisciplinaires dans le domaine des violences sexuelles à l’égard des femmes et à fédérer sur cette thématique les connaissances de différents partenaires et universités en Belgique et dans le monde.

« Plus j’avance dans la vie, plus je m’aperçois qu’il y a autour de la problématique de la violence faite aux femmes des inconnues que seul je ne pourrai lever. Il reste tant de questions sans réponse dans le domaine médical, psychologique, juridique, historique, socio-économique », explique le Dr Denis Mukwege.

La Chaire Mukwege est attachée au Centre d’Expertise en Psychotraumatismes et Psychologie légale, dirigé par le Pr Adélaïde Blavier à l’Université de Liège. L’objectif est de créer un réseau international de recherches sur le thème des violences sexuelles subies par les femmes en situation de conflits, raison pour laquelle la Chaire va s’ouvrir à différentes universités qui ont déjà accueilli le Dr Denis Mukwege, notamment celles qui lui ont décerné un titre de Docteur honoris causa.

En Belgique, l’ULB travaille à l’hôpital de Panzi, créé par le Dr Denis Mukwege dans un quartier pauvre de Bukavu (province du Sud-Kivu), dans le domaine des formations aux techniques médicales et chirurgicales. L’UCL a décerné en 2014 un titre de Docteur honoris causa au Dr Muwkege. L’ULiège a établi depuis 2014 une étroite collaboration entre l’équipe de psychologues de l’hôpital de Panzi et celle du Centre d’Expertise en Psychotraumatismes et Psychologie légale (chercheurs et étudiants), avec l’appui du CHU de Liège et de l’Asbl Les Enfants de Panzi et d’Ailleurs (présidée par le Pr Véronique De Keyser).

Les contacts avec les universités de Harvard (USA), Manitoba (Canada), Edimbourg (Royaume Uni) et d’Angers (France) sont également en cours.

Promouvoir des recherches transversales

La Chaire Mukwege entend promouvoir des recherches transversales et développer les connaissances afin de mieux appréhender tant la prévention que le suivi des femmes victimes de violences sexuelles.

Une conférence internationale sera organisée chaque année sur ce thème dans l’une des universités partenaires. La première conférence se tiendra à l’Université de Liège en 2019.

« L’Afrique sera aussi un partenaire central de ce projet. L’Afrique n’est pas le seul continent où cette problématique fait des ravages – il suffit de jeter un coup d’œil sur le Moyen Orient ou l’Asie -, mais pour nous européens, belges de surcroît, c’est un partenaire privilégié. De ce point de vue, il est incontestable que l’expérience, médicale et humaine, vécue par le Dr Denis Mukwege à l’hôpital de Panzi ainsi que sa notoriété internationale vont largement nous aider dans cette démarche », explique Albert Corhay, recteur de l’ULiège.

Véronique De Keyser : « Lorsque je me suis rendue à Panzi en janvier 2015, avec mon collègue de l’ULB le Professeur Guibert Cadière, c’était pour voir opérer Denis Mukwege par laparoscopie. En tant que psychologue, je m’intéressais en effet depuis très longtemps à l’évolution technologique de la médecine, et aux transferts de technologie dans les pays en développement. Pendant une semaine, j’ai assisté aux interventions chirurgicales de Denis Mukwege et de son équipe. Cette semaine-là a bouleversé ma vie. Car la première patiente violée était une très petite fille de moins de trois ans. Et puis il y en a eu une autre. Et à chaque fois, le même scénario. Le Docteur se recueillait devant le petit corps endormi avant l’intervention, et à la fin, laissait éclater sa colère : Comment peut-on faire cela à une enfant ? Et surtout, en m’interrogeant : que va-t-elle devenir ? De quoi va-t-elle se souvenir ? »

« Le cheminement que j’ai fait, c’est-à-dire, face à une réalité insoutenable, la recherche de synergies, l’exploration de pistes de travail, la construction de l’espoir, c’est ça l’effet Denis. Car ce diable d’homme vous pousse jusqu’au bout de vous-même. Mais c’est aussi le sens de la chaire Mukwege . L’Université de Liège ne l’a pas voulue comme une institution académique de plus, une machine à produire un symposium par an – mais comme un outil de travail et une façon, sur un mode réflexif, de dépasser la douleur, l’impuissance parfois et l’urgence du quotidien sur les terrains de conflits. »

Adélaïde Blavier : « Tout comme dans notre pratique quotidienne en psychotraumatologie appliquée, nous avons cherché à comprendre les souffrances physiques et psychiques de ces femmes, ces filles et nourrissons. Il nous a également semblé essentiel de comprendre les ressorts de résilience individuels et collectifs. Enfin, il est aussi question de travailler le soin aux soignants, de comprendre l’importance de la charge psychosociale des soignants. »

« Plusieurs missions ont déjà été menées à Bukavu, les contacts très réguliers ont été maintenus à distance par des réunions de discussion de cas par vidéo-conférence une fois par mois, nous avons accueilli un psychologue de l’équipe de Panzi en janvier 2017 et avons participé, en collaboration avec les psychologues de Panzi, à l’expertise psychologique d’une quarantaine d’enfants victimes de violence sexuelle dans le cadre d’un procès qui a donné lieu à une décision judiciaire historique tant sur les peines et les responsabilités des auteurs que sur la dimension ‘réparation’ pour les victimes. Ce dossier du procès a mené à des collaborations multiples avec des acteurs de disciplines variées, médecins, juristes, psychologues, notamment, montrant l’apport significatif de l’interdisciplinarité et de la dimension holistique chère au Dr Mukwege. »

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